Va mourir,
chair à canon interchangeable,
numéro gravé sur une plaque froide.
Va servir la Patrie,
ce mot énorme
qui exige tout
et ne rend jamais rien.

Pars combattre l’ennemi désigné,
celui qu’on t’a appris à haïr
en trois discours
et deux journaux télévisés.
L’« envahisseur »,
toujours ailleurs,
toujours commode.

Derrière les écrans,
vous hurlez la guerre
comme on scande un slogan vide.
Poings levés, torse bombé,
vous parlez d’honneur,
de sacrifice,
de devoir.
Jamais de peur.

Puis vient le front.
La boue.
Le froid.
Le bruit qui déchire les nerfs.
Les corps qui tombent
sans idéologie,
sans drapeau,
sans gloire.

Là, plus de grandes phrases.
Les discours patriotiques
s’enfoncent dans la terre
avec les morts.
Les héros de tribune
disparaissent.
Il ne reste que l’instinct,
la survie,
et ce mot interdit
qui devient soudain vital :
désertion.

Tu comprends alors.
Ce n’était pas ta guerre.
Jamais.
Tu n’as rien à gagner,
tout à perdre.
Tu meurs pour des intérêts
qui ne portent pas ton nom,
pour des capitalistes
qui n’iront jamais au front.

Alors le dénouement s’impose,
simple, brutal,
libérateur.
Tu refuses.
Tu lâches le fusil.
Tu tournes le dos
à la machine à broyer les vivants.

Et dans ce refus,
il n’y a ni lâcheté
ni honte.
Il y a enfin
un choix.
Une fierté, Un engagement pour l’humanité libertaire !

Pas mourir pour la Patrie.
Vivre pour soi,
pour les autres,
contre toutes les guerres,
contre tous les maîtres.

La négaguerre s’impose
Ni Dieu,
Ni maître,
Ni canon.

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