Aujourd’hui, on dilue la philosophie anarchiste, dans sa pratique et dans ses théories, avec des approches bourgeoises, intersectionnelles et bolcheviques. On oriente la pensée vers un dogme d’entrisme nationaliste, en défendant les « libérations » nationales comme si elles constituaient un véritable changement social.
De quoi parle-t-on ? Cette logique n’est pas anarchiste. Défendre l’avènement d’une indépendance nationale fait de vous de simples soumis à l’appareil étatique, au fantasme du roman national. Vénérer un État comme émancipateur est une reprise très claire de la pensée bolchevique, où l’appareil d’État est perçu comme un outil de transformation sociale. Votre fierté mal placée, quand vous portez les drapeaux nationaux de la bourgeoisie, alors qu’un anarchiste ne connaît aucune frontière, aucun État, aucune patrie. Un anarchiste est a-nationaliste. Votre dévotion aux slogans montre à quel point vous êtes attaché à l’État et à la reproduction du système de classes sociales.
Un autre point s’est considérablement infiltré dans les mouvements anarchistes : la pensée de l’avant-garde, si bien représentée par l’UCL, qui, depuis longtemps, montre une fidélité à une logique d’avant-garde multipartite, avec de nombreuses conférences aux côtés de lambertistes.
Ce phénomène ne s’arrête pas à l’UCL : il est aussi présent à la FA, où un groupe la sociale se syndicalise entièrement chez les bolcheviks lambertistes de FO et se revendique clairement d’un anarco-bolchevisme.
Leur théorie est gangrenée par une logique d’alliances opportunistes de pouvoir. Une internationale se disant anarchiste va même encore plus loin : la CIT, qui accepte en son sein des organisations à tendance marxiste-léniniste, ainsi que des alliances avec des partis national-populistes de gauche.
Tous ces rapprochements avec les idéologies de ces organisations et avec le bolchevisme les amènent à défendre une position anarcho-militariste, où la défense d’une armée nationale est présentée comme un prisme « révolutionnaire libertaire ».
Comme dit plus haut, ce type de position fait de vous des gauchistes, où la question centrale de l’antimilitarisme pour l’abolition du capital et du capitalisme disparaît au profit de la défense de l’identité nationale.
Le troisième point est la confusion entretenue entre le syndicalisme révolutionnaire et l’anarcho-syndicalisme. Il faut être très clair : ces deux visions sont littéralement opposées.Le syndicalisme révolutionnaire vise à constituer un organe structurel de masse dans le but de former une avant-garde de pouvoir sur le prolétariat. L’anarcho-syndicalisme, lui, est un outil des travailleurs pour leur propre émancipation, fondé sur le refus du pouvoir et la liberté des individus.
Cette vision confusionniste est aujourd’hui incarnée par la CNT-F. Ce groupuscule sectaire n’a pas de raison d’exister, tant sa ligne mélange anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire. En pratique, cela conduit à une collaboration avec les grosses bureaucraties syndicales au service de l’État, et, plus largement, à une collaboration de classe qui entraîne l’anéantissement des luttes véritables contre le capitalisme et l’État. Cela a, dans l’histoire, contribué à l’avènement du fascisme par la négociation permanente avec la bourgeoisie. Le résultat est que la philosophie anarchiste disparaît complètement dans cette organisation, qui ne lutte pas pour la fin du système mais pour son maintien, et trahit la perspective originelle de l’anarco-syndicalisme.
Un dernier point est le fourvoiement dans l’intersectionnel, qui dilue l’analyse de classe au profit d’une pensée identitaire et nombriliste. Elle fragmente la perspective en une série d’intersections qui se croisent dans une lutte, puis se décroisent une fois l’objectif réformiste atteint, chacun retournant dans son coin pour défendre un marché identitaire . On classe des êtres humains selon leur genre, leur sexualité ou leur origine dans une logique de hiérarchie sociale ; ce principe n’a rien d’anarchiste. On en vient même à traiter la question de qui souffre le plus dans cette logique, qui ne parle plus de lutte des classes mais de la souffrance personnelle. Le nombrilisme remplace l’analyse matérialiste de classe. On déplace la lutte pour l’abolition du système capitaliste et de l’État vers une logique de reconnaissance sur le marché, où la question devient qui est le plus accepté, ou quelle identité devient la plus « valorisée » comme une marchandise. Dans toute sa réflexion ne ressort plus aucune revendication revolutionnaire. Certains de ces suiveurs de cette religion intersectionnelle vont même affirmer que les « R » existent, tout comme les fascistes bruns l’affirment. Un exemple pour illustrer ce fourvoiement postmoderniste, ou la CNT-F encourage des événements où les personnes se réunissent sous des critères identitaires « genre, sexualité, origine », en excluant une partie des personnes vues comme appartenant à une catégorie de personnes « néfaste ». Ils reprennent sans aucun souci des logiques d’apartheid. Toute cette logique est discriminante et n’a rien d’anarchiste, qui ne reconnaît aucune discrimination ni la notion de « R », car nous sommes des êtres humains. Cette diffusion de cette tendance qui fracture les organisations anarchistes par une thèse petite-bourgeoise et marxiste éloigne encore davantage de la vision universaliste libertaire . La vision libertaire est universaliste et globaliste, elle unit l’ensemble des individus dans une perspective révolutionnaire de transformation sociale portée par les travailleurs eux-mêmes.
La question ouverte est donc : est-ce encore légitime de l’existence même de ce courant (anarco bolchevisme) et de sa pratique, de l’existence même de ses organisations et groupes dans une organisation qui diluent l’anarchisme dans des positions antinomiques ?
Nous Défendons rien que Ni moins l’anarchisme dans sa conception pratique comme dans sa continuité historique. Viva l’anarco syndicalisme
Viva la révolution sociale !