L’État agresse la jeunesse, agresse tous les manifestants, beaucoup trop passifs et beaucoup trop aliénés par cette société de représentation de l’image. Cette aliénation rend incapable toute constitution d’une force collective, au profit de l’individualisation et de l’archétype de la non-force du prolétariat. Pour apporter une solution efficace, il faut mettre fin aux solutions qui ne peuvent plus fonctionner, comme la grève générale aujourd’hui. Bien trop éloignée de la réalité matérielle, cette perspective ne semble plus répondre aux conditions actuelles. La solution la plus efficace et la plus réaliste semble être l’auto-organisation idéologique et l’autodéfense collective armée.
La police frappe la jeunesse, l’armée nous envoie à la mort, et nous restons pacifiques face à cela. La question de la force révolutionnaire armée ne peut être séparée de celle de l’émancipation du prolétariat, ni de sa capacité à s’organiser indépendamment des institutions de l’État. Cette République de la tyrannie et de la dictature de la bourgeoisie reproduit les conditions mêmes de notre soumission, tout en présentant les formes institutionnelles de contestation comme l’expression de notre liberté.
La représentation spectaculaire de la lutte devient alors la négation de la lutte elle-même. Le prolétariat ne peut continuer à contempler sa propre exploitation à travers l’image de sa contestation. L’auto-organisation doit rompre avec cette passivité, avec cette individualisation et avec toute forme de délégation de la force collective. L’autodéfense révolutionnaire armée ne peut devenir une nouvelle représentation idéologique, mais doit être pensée dans son rapport à l’autonomie collective, sans reproduire les rapports de domination qu’elle prétend abolir. L’émancipation révolutionnaire ne peut être le spectacle de la révolution, elle doit être la fin de sa représentation.
L’auto-organisation révolutionnaire doit retrouver sa capacité de résistance collective face à la répression de la police et de l’armée. À l’image de la Makhnovchtchina, il s’agit de concevoir une force révolutionnaire armée, fondée sur l’auto-organisation armée du prolétariat lui-même, indépendante de toute autorité étatique et de toute représentation politique. Cette autodéfense révolutionnaire doit s’inscrire dans une perspective d’abolition de l’État et de destruction de ses institutions répressives, notamment la police et l’armée, ainsi que de la domination bourgeoise. La révolution ne peut se limiter à manifester contre les institutions qui reproduisent notre exploitation : elle doit poser la question de leur disparition par la force collective et l’auto-organisation révolutionnaire armée du prolétariat.
