Dans cet hôpital, le service social est composé uniquement de professionnelles féminines qui sont les guerrières du quotidien, armées de dossiers et d’une patience infinie. Leur mission : transformer un système social défaillant et surchargé en quelque chose d’à peu près fonctionnel. Entre appels aux organismes qui répondent quand ils ont le temps, gestion des patients sans toit et tentative de se coordonner avec une direction pressée de libérer des lits, elles jonglent comme des funambules sur un fil de rasoir rouillé.
Et en plus, elles doivent aussi encaisser la frustration des patients : “Pourquoi mon aide sociale n’est pas arrivée ?” Parce que, cher patient, la Caisse Primaire d’Assurance Maladie et le Conseil départemental de la Haute-Garonne fonctionnent à l’ère de la pierre polie, pas au XXIᵉ siècle. »
Management : simulation de contrôle ou libéralisation agressive de l’encadrement
Le management du service social ? On pourrait appeler ça “l’art du compromis et du miracle quotidien”. Les équipes ont droit à des réunions sur la reconnaissance et l’écoute, pendant qu’elles se débattent avec des effectifs insuffisants et des situations impossibles.
Que fait la direction ?
Autonomie ? Oui, dans le sens où vous décidez quel incendie social éteindre en premier. Jusque-là. Aujourd’hui, le sujet est obsolète.
Reconnaissance ? Théorique, mais parfaite pour les rapports annuels.
Moyens ? Haha, bonne blague.
Le droit à la sécurité des assistantes sociales : fiction ou concept futuriste ?
Ah, la sécurité ! Sujet tellement révolutionnaire qu’il pourrait presque figurer dans un manifeste anarcho-socialiste :
Les assistantes sociales se baladent entre patients en crise, familles furieuses et situations explosives, avec pour seule protection… leur courage et un téléphone portable.
Les menaces verbales et situations tendues sont quotidiennes, mais la notion de “sécurité garantie” reste un concept philosophique.
Les protocoles ? Sur le papier seulement. Dans la vraie vie, il faut ruser, anticiper et espérer que personne ne perde patience.
Comme ce patient SDF atteint d’addiction qui s’est vu couper le RSA, sa seule source de revenu, qui a cherché l’assistante sociale dans l’hôpital puis dans la ville proférant des menaces contre elle et sa famille. A ce moment-là, aucun soutien de l’institution employeuse qui a refusé de porter plainte et l’a invitée à déposer une plainte à titre personnel, Résultat : arrêt maladie pour burn-out pour plusieurs mois.
Ou encore cette femme enceinte victime de violence conjugale, hospitalisée pour mise à l’abri (elle est venue à une simple consultation avec ses valises, formulant précisément avoir peur, besoin d’aide. « Ne me laisser pas rentrer chez moi ! ». Mise à l’abri oui, mais que croyez-vous que l’heureux futur papa a fait ? Il a cherché l’assistante sociale dans tout l’établissement.
Dernier exemple : Des parents de nourrisson très en difficultés, des comportements peu adaptés et une mise en danger du bébé CONSTATES non par l’assistante sociale mais bien par les soignants du service.
- bataille avec le service qui ne voulait pas écrire au Procureur (c’est la loi, c’est répréhensible par de la prison ferme et une amande conséquente). Et surtout / MISE EN DANGER D’UN NOURRISSON (tu en veux du label « amis des bébés » ?!)
- Le service social s’est vu délocalisé à l’autre bout de l’hôpital, même pas accessible par l’intérieur du bâtiment (les personnes sortant des urgences et les femmes enceintes sauront nous en remercier).
Pas de système d’alarme malgré les relances incessantes par les soignants depuis plusieurs années.
Malgré ces réclamations répétées à la direction COMME AUX SYNDICATS, et malgré l’intervention de la CARSAT les assistantes sociales se sont vues en fin d’année 2025 voir désignées 2 CADRES SUCCESSIVES EN 2 MOIS ; (Les CARSAT, CRAMIF et CGSS jouent un rôle clé dans la prévention des risques professionnels en France. Elles sont responsables de la mise en place de mesures de prévention, de la formation à la prévention des risques professionnels, et de l’organisation de conférences et de réunions d’information. Elles offrent également des aides financières pour améliorer les conditions de travail et des dispositifs d’évaluation et de prévention www.carsat-mp.fr). Leurs horaires, matin et soir, sont aujourd’hui épiés par la Directrice avec la complicité du syndicat majoritaire et de certains cadres de soins.
Que doit-on en déduire ?
Pour finaliser le tableau, le service social est composé de femmes toutes à temps partiel sauf une.
Dans le médico-social, 90% des emplois sont occupés par des femmes. Les professions se conjuguent donc au féminin. Secrétaires, assistantes sociales, éducatrices spécialisées, conseillères en économie sociale et familiale, ces femmes qui sont en premières lignes sont également les premières à subir le manque de reconnaissance que de nombreuses associations et organisations dénoncent depuis plusieurs mois en se mobilisant pour demander la revalorisation de tous les métiers de l’humain.
Le service social de cet hôpital ne déroge pas à cette tendance. Sous couvert de la convention collective hospitalière, la FEHAP, la Direction fait la sourde oreille. Peu d’argent, 5 semaines /an de congés, plus de possibilité de faire des heures sup (pourtant légitimes) et pouvoir les récupérer pour passer un peu plus de 5 semaines par an en famille/ amis etc. Il va bientôt falloir que les salariés payent pour travailler ! Déjà qu’il y a le lundi de Pentecôte à « rembourser » …
Le service social est un tout petit service au regard des autres services de l’hôpital.
Il n’est jamais prioritaire, sauf quand il faut vite le mettre au placard parce-que la CARSAT est appelée à la rescousse.
Politiques sociales et santé : électeurs d’abord, patients ensuite
Et maintenant, accrochez-vous, car voici le clou du spectacle pendant le temps des élections municipales : les politiques sociales et de santé à l’hôpital… au rythme des échéances électorales.
Avant les élections, on vous parle de “réformes ambitieuses”, de “renforcement des services sociaux” et de “priorité aux populations vulnérables”, de soutien aux mouvements sociaux. Tout est joli sur papier, affiches et discours télévisés compris.
Après les urnes ? Surprise : les budgets restent serrés, les effectifs inchangés, et les assistants sociaux se débrouillent avec le peu qu’on daigne leur accorder.
Chaque projet social devient un tour de magie électoral : promettre des miracles en campagne, puis laisser le service social faire des tours de passe-passe avec trois bouts de ficelle et un brin de patience.
En résumé : si vous pensiez que les politiques sociales fonctionnent pour répondre aux besoins, détrompez-vous. Dans cet hôpital, elles sont fonction des cycles électoraux et d’une direction digne de gérer les horribles Korian et autres multinationales, pendant que les personnels du service social d’essayent de sauver les meubles… et les patients.
Le service social est un phare dans la nuit du chaos administratif, une résistance quotidienne face à l’injustice sociale, avec pour seules armes : patience, débrouillardise, sarcasme et un soupçon de rébellion.
Pour y survivre, mieux vaut aimer la pagaille, le sarcasme et la débrouille, parce que c’est le menu quotidien, avec ou sans café, avec ou sans protocole de sécurité, et surtout avec ou sans promesse électorale respectée.
Une guerrière du quotidien.
Source: CNT-AIT France