Notre cher président de la République adoré avait dit, un jour, il y a déjà quelques années, qu’il contestait le mot pénibilité au travail, car ça donnerait l’idée que le travail serait pénible. Plus tard, l’un de ses gouvernements adopta en force, au mépris de l’opinion générale le report à un âge plus avancé du départ à la retraite. Au mépris total de ces feignasses d’ouvriers du BTP, de l’industrie ou de l’agriculture, pour qui cela signifie clairement le très grand risque de partir directement du boulot au cimetière sans passer par la case repos.

Mais qu’à cela ne tienne, il paraît que les ouvriers sont minoritaires dans ce pays, où les chiffres varient selon les sociologues à la con, hé oui cela va de 8% à 25 %, comme si le nombre de personnes qui exercent des métiers d’ouvriers pénibles avaient une si grande importance que ça. Généralement, les gens qui ont des métiers de ce genre, commencent tôt leur carrière, et sont payés chichement, et les 35 h sont plutôt une aubaine qui limite l’usure physique, en tout cas un peu moins rapidement qu’avec les 39 h.

Ceux qui parlent de travail sans arrêt dans les sphères du pouvoir et de la bourgeoisie en général, ce sont les mêmes qui comptent nous faire suer le burnous, en gelant, voire réduire nos salaires, à coup de 12h/jour, comme au bon vieux temps de la « révolution industrielle » en 1850-1900.

Quant à nous, nous n’avons ni propriété, ni business pour faire de l’argent, du coup, nous sommes obligés de vendre notre force de travail à quelqu’un. Nous ne travaillons pas parce qu’on en a envie, nous travaillons parce que nous n’avons pas d’autres moyens de gagner de l’argent pour simplement survivre.

Ce qu’on gagne au boulot, c’est à peine assez d’argent pour pouvoir se payer la bouffe, le loyer, les factures, la bière et la PlayStation… Et assez peu, pour qu’on retourne au boulot sans rechigner.

La seule chose pire que le boulot, c’est justement de ne pas en avoir. Quand il y a des aides sociales, c’est la galère pour en avoir, et ce n’est pas autant qu’un salaire. Le chômage qui plane comme une menace permanente nous pousse à aller au boulot, tous les jours. C’est sur notre travail que se construit cette société.
Nos conditions de vie et nos activités quotidiennes de survie se nomment salariat ou travail salarié. Les débuts du salariat, à l’aube de la révolution industrielle, furent loin d’être paisibles. Au nom de la liberté, la bourgeoisie avait contraint la majorité à se séparer des moyens de production assurant leur existence. Séparés de leurs outils, les petits producteurs n’avaient que la liberté de mourir de faim, bien avant d’acquérir la liberté politique, particulièrement en Angleterre. Ceux qui perdaient tout au nom de cette prétendue liberté se transformaient en vagabonds.

Pour exproprier les petits producteurs et paysans, la bourgeoisie devait les convaincre. C’est par la terreur que cela se fit : expropriés de force par les nouveaux seigneurs, ils durent se livrer aux industries des villes. La bourgeoisie inculqua alors à cette nouvelle classe de travailleurs l’amour de la liberté et du travail à coups de trique. La fameuse liberté du travail se doubla d’une interdiction d’être oisif, avec des prisons prévues à cet effet. La résistance de ces gens, qui refusaient de se laisser rythmer leur vie par les cadences du travail, fut brisée à plusieurs reprises par des milliers de pendaisons opérées un peu partout en Europe.
Au travail, on est à la merci des patrons et des intérêts financiers. Une main invisible impose nos horaires et une régularité monotone qui empiète sur notre vie personnelle. On n’a aucun contrôle.

Quand certains collègues me disent, si je ne suis pas content, pourquoi je ne démissionne pas, comme si c’était une réelle liberté autre que celle d’aller se faire exploiter ailleurs… Quand des capitalistes convainquent des prolétaires que le travail c’est la liberté, alors que nous n’avons jamais notre mot à dire dans un lieu de travail qui est tout sauf démocratique et à l’écoute… Ces collègues ont complètement assimilé la propagande bourgeoise.

Le libre-échange marchand, imposé par la force, a aujourd’hui atteint le cerveau de mes collègues, complètement aliénés. Boulot, heures sup à n’en plus finir, parfois obligatoires, 2X8, 3X8, travail de nuit, fatigue… On bosse comme des damnés, à coup de pieds au cul, le LEAN management 1qui impose la cadence, toujours au taquet, et surtout, jamais la moindre solidarité dans notre misère quotidienne.

Aucun parti bourgeois, ni ouvrier, aucune fraction du capitalisme, de droite ou de gauche, ne remet en question la soi-disant « liberté du travail ». Le stalinisme, inventeur du Stakhanovisme, repris dans le monde entier, y compris aux USA avec le culte de l’employé du mois, témoigne de cette logique. Être récompensé pour avoir fait gagner de l’argent à l’entreprise, voilà leur définition de la liberté : n’être plus qu’un simple vendeur de sa force de travail. Tout ceci n’est qu’un outil à la disposition des différentes bourgeoisies. On nous exploite pour la productivité. On n’a pas voix au chapitre, sinon les négociations NAO pour mendier des miettes via un syndicat complice. L’égalité n’existe pas. La négociation est impossible. Seule la grève nous fait entendre.
Nos patrons, au soir, réinvestissent les fruits de notre labeur pour gonfler leurs affaires. Nous sommes une pièce de ce qu’ils possèdent et vendent. Le salariat : c’est le capital ! La bourgeoisie, maîtresse des gouvernements, des médias, des écoles, des prisons, des services sociaux, de la police, des journaux et de la télévision, nous impose sa vision du monde. L’école façonne des cohortes de diplômés ou d’exclus, tous destinés à une tâche précise. Ne nous y trompons pas, ce que nous faisons pour survivre définit implacablement notre place dans la société.

Le travail est vécu différemment selon sa position. Tout oppose patrons et ouvriers, dans une lutte permanente.

Plus la vie est chère, plus il faut travailler pour payer la nourriture, les transports, l’essence. Pour survivre, on se confronte chaque jour à un monde en mutation. Toutes nos activités tendent à devenir aliénantes, du ménage aux devoirs des enfants, en passant par les sorties entre amis ou le sport. La société est fondée sur le travail. Le niveau des salaires, des bénéfices, les conditions de travail, la politique du gouvernement, l’art et la technologie sont définis par la lutte des classes.

Ils nous dressent les uns contre les autres, mais nous pouvons nous unir contre eux. Quand nous luttons pour nos intérêts, d’autres doivent faire de même. Nos préjugés s’évanouissent et notre colère se tourne vers la source du problème. La lutte pour nos intérêts est le point de départ pour saper les fondements du capitalisme. Ne soyons pas dupes des scélérats sociaux-démocrates qui nous méprisent, inventant de nouveaux concepts en remplaçant « prolétariat » par « peuple », un terme dénué de sens. Le peuple est l’opposé du prolétariat. Une fois au gouvernement, les politiciens radicaux ou d’origine ouvrière ne valent plus rien. Un parti représentant la classe ouvrière est une contradiction. Il peut seulement offrir une représentation politique, permettant à ses représentants de suggérer aux patrons comment mieux diriger la société et faire de l’argent tout en nous contrôlant.

Se battre pour nos propres intérêts est la première étape pour détruire les fondements du capitalisme.
Les bourgeois cherchent à nous dresser les uns contre les autres, mais nous avons la possibilité de nous unir et de nous dresser contre eux. Lorsque nous nous battons pour nos propres intérêts, il est indispensable que d’autres fassent la même chose. Nos préjugés se dissipent, et notre colère s’éloigne de là où elle devrait être.
Il ne sera plus indispensable de remplacer tout ce qui peut être acheté ou vendu, une fois qu’il n’y aura plus besoin de mesurer le temps de travail requis pour fabriquer ces marchandises.

Le salariat est le paiement d’un service précis contre rétribution, et sur ce point le salariat est une forme de prostitution pas si éloignée que ça de la prostitution sexuelle, c’est même l’une des formes de prostitution la plus répandue au monde, et acceptée par la plupart d’entre nous.

Ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’un employeur ne vous donne jamais à manger, contrairement à une idée reçue qui circule parmi les patrons et dans la télé-poubelle. En effet, un patron ne donne jamais à manger à ses ouvriers, puisqu’il doit payer leurs services, pour pouvoir créer des marchandises et réaliser des profits. Un patron, s’il avait la possibilité de payer ses ouvriers 0 centimes, il le ferait, parce que pour lui payer un salaire est un investissement comme un autre.

Tout le temps que nous passons au boulot ne fait pas vraiment partie de nos vies, c’est du temps passé contrôlé par les employeurs, les managers et autres types de cadres dirigeants, c’est du temps pour fabriquer des objets ou produire des services, ou faire acheter ces objets et services par des particuliers ou des entreprises, pour faire faire des bénéfices à la personne (ou au groupe de personnes si ce sont des actionnaires) qui nous emploie. Nous vendons notre temps et notre énergie, afin d’acheter des choses dont nous avons besoin pour survivre. Et nous les prolétaires sommes là, dans cette société pour acheter ou/et vendre, pour pouvoir faire fonctionner le marché. Objectivement, nous sommes tous des rouages du capitalisme puisque nous participons de gré ou de force à notre propre exploitation. Pour finir presque toutes les activités de la société dans laquelle nous vivons sont reliées au système capitaliste et au salariat, que ce soit dans nos loisirs, la télé , notre temps de repos, nos vacances, l’école pour les enfants qui sert avant toute chose, à créer des futurs travailleurs, et pas tellement un lieu d’émancipation, de formation à l’esprit critique et de culture comme voudrait faire croire la légende.

Le travail salarié, c’est le capital avant toute chose, et quasiment tout dans nos sociétés tourne autour de ça.

Un ouvrier


Source: CNT-AIT France

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