Les anarcho-communistes Khlebovoltsy (du journal Khleb i Volya, Pain et Liberté)
Les Khlebovoltsy étaient un courant anarcho-communiste de l’anarchisme russe du début du XXe siècle. Leur nom dérive du journal Khleb i Volya [ Pain et Liberté ], mensuel anarchiste en langue russe publié à Genève (Suisse) à partir d’août 1903 et jusqu’en 1905. Ce titre fait référence au livre de Kropotkine publié en 1892, la Conquête du pain.
Le journal est édité par un groupe de jeunes partisans de Kropotkine dont fait partie le géorgien Georgi Goguelia dit K. Orguiéiani, sa compagne Lydia et Maria Korn (Goldsmith). Il est imprimé par Émile Held. Pierre Kropotkine alors à Londres collaborera activement à ce journal qui passera clandestinement les frontières de la Pologne, de l’Ukraine, et parviendra jusque dans les centres industriels de l’Oural, où il sera accueilli avec enthousiasme par les jeunes révolutionnaires, qui deux ans plus tard (1905) prendront part à la première révolution russe.
Les principaux théoriciens de ce courant étaient Pierre Alexandre Kropotkine, Giorgi Ilitch Goguelia (d’origine géorgienne) et Marie Isidora Goldsmith. Ils considéraient que l’objectif immédiat de la révolution imminente devait être un système communiste sans État. Les khlebovoltsy préconisaient des méthodes de lutte visant à transformer le mouvement anarchiste en mouvement de masse : grèves économiques, actes de terreur individuelle (y compris sur les chantiers et lieux de travail), sabotages et révoltes armées. L’accent était mis sur l’organisation de grèves et de révoltes comme moyen pour les ouvriers et les paysans d’améliorer partiellement leur situation économique. La lutte pour les libertés politiques (mais pas pour le parlementarisme ni une constitution) était également encouragée par des méthodes révolutionnaires.

Kropotkine, Goguelia et Goldsmith imaginaient la révolution sociale sous la forme d’une grève générale avec confiscation des moyens de production, menant à un soulèvement armé qui aboutirait à l’élimination du pouvoir d’État et de la propriété privée, et à la réorganisation immédiate de la société sur la base de l’anarcho-communisme. L’organisation de la « société communiste libre » devait être assurée par les syndicats créés lors du développement du mouvement ouvrier. Inspirés par l’expérience du mouvement ouvrier en France, ainsi que par les succès remarquables des grèves générales et l’apparition des premiers syndicats en Russie, les khlebovoltsy anarcho-communistes prônèrent, en 1905-1907, une application plus large de la stratégie de lutte révolutionnaire-syndicaliste. Dans leurs écrits, Kropotkine, Goguelia et Marie Goldsmith encourageaient les anarchistes à créer des syndicats indépendants des partis politiques, fondés sur les principes d’autogestion et de fédéralisme, et utilisant la tactique de l’« action directe » (la lutte des travailleurs pour leurs propres intérêts socio-économiques sans recours aux organes du pouvoir d’État ni aux partis politiques). En participant aux luttes quotidiennes des travailleurs et en propageant les idées anarchistes, les anarchistes devaient préparer les syndicats à leur rôle de force organisationnelle fondamentale de la révolution sociale et d’organisateurs de la production dans la future société anarcho-communiste. Le point culminant de ce travail devait être la création d’une fédération syndicale panrusse fondée sur les principes du syndicalisme révolutionnaire. Tout en reconnaissant le syndicalisme comme la stratégie clé du mouvement anarchiste, les khlebovoltsi proposaient de combiner diverses formes de lutte et envisageaient l’existence parallèle d’organisations anarchistes idéologiques (« partis ») et de syndicats.
Les anarcho-communistes tchernoznamentsy (Bannière noire)
Les anarcho-communistes tchernoznamientsy étaient un courant radical de l’anarchisme russe au début du XXe siècle. Apparu en 1905, ils tirent leur nom du journal Tchernoye znamya, Bannière noire. Leurs idéologues étaient I. S. Grossman, V. Lapidus, G. K. Askarov (Jacobson) et G. B. Sandomirsky. Grossman critiquait Kropotkine pour les vestiges du « fédéralisme libéral » et les « éléments d’idéalisme utopique hérités du 18ème siècle ». Il appelait à l’éradication des « tendances humanistes abstraites » et à la création d’une théorie anarchiste fondée sur des idées concernant la lutte de l’humanité contre les forces d’oppression (contre nature, à l’origine, mais, avec l’avènement de la

société de classes, contre les classes exploiteuses) comme force motrice de l’histoire (Tchernoye znamya, 1905, n° 1, p. 10). Les tchernoznamientsy considéraient que leur base sociale était la classe ouvrière et la paysannerie, ainsi que les couches chômeuses et criminalisées de la population urbaine. Tout en reconnaissant l’importance de la lutte pour les revendications économiques afin de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers et des paysans, ils rejetaient toute forme légale de lutte. Ils s’opposaient à la création de syndicats, proposant des groupes anarchistes illégaux comme alternative. Accordant la priorité absolue à une « attaque énergique contre la propriété de la bourgeoisie », les tchernoznamientsy encourageaient des moyens de lutte tels que la terreur individuelle et de masse, les expropriations, les grèves, le sabotage, les émeutes et les soulèvements armés. La participation des anarchistes à la lutte pour les libertés politiques était rejetée, au motif qu’elle conduirait à une atténuation des contradictions de classe. Le mouvement scissionna lors de sa première conférence, à l’automne 1905 à Białystok. Les bezmotivniki [ sans mobile ] considéraient comme tâche la plus urgente la « terreur antibourgeoise sans mobile », c’est-à-dire l’assassinat de bourgeois, de propriétaires fonciers, de fonctionnaires, etc., uniquement en raison de leur appartenance aux classes exploiteuses. La seconde faction, les « communards », sans rejeter la terreur, proposait de concentrer tous ses efforts sur l’organisation de révoltes armées dans les villes afin de créer des « communes révolutionnaires temporaires » qui offriraient aux travailleurs des exemples de transformations anarchistes de la société. Avec les khlebovoltsy, les tchernoznamientsy devinrent l’une des tendances les plus influentes de l’anarchisme russe, exerçant une influence sur le mouvement ouvrier et les groupes anarchistes de Białystok, Varsovie, Odessa et Yekaterinoslav.
Les anarcho-communistes beznachaltsy (sans chef / sans autorité)
Les anarcho-communistes beznachaltsy étaient un courant insurrectionnel radical de l’anarchisme russe du début du XXe siècle. Formé en 1904-1905, ce courant tire son nom du groupe d’anarchistes-communistes Beznachaliye [ Sans chef / autorité ]. Les principaux théoriciens des beznachaltsy étaient Stepan M. Romanov (Bidbey) et N. V. Divnogorsky. Ils se proclamaient adeptes d’une idéologie combinant les idées de Kropotkine, Bakounine, Stirner et Netchaev. En exil à Paris, Romanov publia la feuille du groupe « sans chef » entre avril et septembre 1905. Ils entretenaient des liens étroits avec les anarcho-individualistes français, disciples d’Albert Libertad.

Les beznachaltsy considéraient leur propre base sociale comme les couches « lumpen-prolétariennes » des villes (les chômeurs, ainsi que les groupes semi-criminels), comme les porteurs d’une conscience communiste : « Les vagabonds – en tant qu’élément sapant les fondements de la soumission servile – sont un élément révolutionnaire, cultivant la notion de la moindre quantité de travail et, en raison des circonstances historiques, l’idée du loisir humain » (Bidbey [ S. M. Romanov ], Concernant Lucifer, le grand esprit de rébellion, « l’irresponsabilité », l’anarchie et l’anarchisme, [ s. p., 1904 ], p. 1). En outre, ils recrutaient parmi les étudiants, les bohèmes, les ouvriers et les paysans.
Les beznachaltsy supposaient que l’insurrection, l’expropriation et la terreur, menées par des groupes de lumpen-prolétaires, déclencheraient une révolte ouvrière-paysanne de masse, qui marquerait le début d’une révolution sociale. La nécessité de s’engager dans la lutte quotidienne pour les revendications socio-économiques, l’adhésion aux syndicats et aux organisations paysannes furent donc abandonnées. Les beznachaltsy ne reconnaissaient que la guérilla, ainsi que la propagande écrite et orale.
Texte issu de la brochure » Les Activités antiguerre des anarchistes de l’Empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917) »
A télécharger ici : https://cnt-ait.info/2026/02/22/anars-russes-14-17
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Les Activités antiguerre des anarchistes de l’Empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917)
Table des matières
Introduction.
Les Activités antiguerre des anarchistes de l’empire de Russie pendant la Première guerre mondiale (1914-1917) (https://cnt-ait.info/2026/02/23/antiguerre-russes-1417
Quelques courants anarchistes russes des années 1900 – 1914 (https://makhno.home.blog/2026/02/26/anars-russe-1900) :
- Les anarcho-communistes Khlebovoltsy (du journal Khleb i Volya, Pain et Liberté)
- Les anarcho-communistes tchernoznamentsy (Bannière noire)
- Les anarcho-communistes beznachaltsy (Sans chef / autorité)
Quelques portraits d’anarchistes russes oubliés (https://makhno.home.blog/2026/02/26/anars-russes-oublies) :
- Alexandre Youlevitch GUÉ (1879 – 1919)
- Apollon Andreyevich Kareline (1863 – 1926)
- Mikhaïl Raïva (1899 – 1917)
- Vladimir Vladimirovitch Barmash (1879-1938)
L’Association des travailleurs russes aux USA et au Canada parfois appelée Union des travailleurs russes (URW) (https://makhno.home.blog/2026/02/22/urw)
La marche contre la guerre МАРШ ПРОШВ ВОЙНЫ [1915] (https://makhno.home.blog/2025/11/25/marche-1915)
Source: Makhno blog

