Refusons l’Armée et la Guerre
jeudi 22 octobre 2026, par Courant Alternatif
Alors on prend les devants. Avec l’Association des Refusants et Refusantes à l’Armée et à la Guerre (ARRAG), née à Grenoble en septembre 2025, nous avons pris le parti que, puisque la guerre nous prend individuellement dans ses filets, nous devions aussi penser l’antimilitarisme à l’échelle de l’individu. Nous avons mis en place un statut pour les adhérent.es1 avec pour objectif d’assumer une position individuelle et éthique de refusant·e à toute participation à la guerre, à l’armée, au bellicisme. Cet engagement individuel se couple au sein de notre association à des engagements collectifs. L’ARRAG permet de se relier, d’initier des groupes de récalcitrants qui peuvent discuter, partager leurs peurs, leurs questionnements et leurs envies d’agir. À travers des actions de tractage, de tenue de tables de presse, de diffusion de documentaires, de débats, l’organisation de temps conviviaux, nous invitons à venir se rencontrer sans crainte de jugement de nos peurs et de nos manquements en terme de connaissances historiques ou géo-stratégiques. Ensemble, nous nous penchons sur la construction de la propagande militariste, sur les logiques qui aboutissent aux guerres, sur les personnes vivant dans des pays en guerre qui ont eu le courage de déserter, sur l’organisation matérielle de la logique guerrière et sur les structures liées à l’armement autour de chez nous. A Grenoble, où l’innovation militaire fleurit, nous nous adressons spécifiquement aux chercheur·euses et aux étudiant·es. Nous nous lions à d’autres collectifs dont nous partageons la vision de refus de la guerre et du militarisme en se joignant à leurs évènements : le Réseau Antimilitariste Isérois (Ramie), l’Observatoire des Armements (Obsarm), l’Union Pacifiste, la Coordination Régionale Anti Armement et Militarisme (CRAAM), etc. Tous les ans, le 14 juillet, en contre-pied des défilés kakis de la fête nationale, nous inviterons les adhérent·es, de la région comme de toute la France à une grande rencontre et un bal antimilitaristes.
Surtout, nous invitons les adhérent·es et activistes à se confronter au discours ambiant.. À essayer de discuter et de débattre avec des personnes qui pensent différemment : qui sont favorables à la guerre, qui s’interrogent, dont la peur rend perméable leurs pensées aux discours militaristes : dans la rue, dans les manifs, dans les parcs, devant les lycées, les facs ou lors de conférences de recrutement de l’armée pour parler pacifisme et antimilitarisme. On tracte, on amène des tables avec banderole et panneau de bureau de recrutement. Avec nos moyens, nous tentons nous aussi « d’enrôler », de grossir les rangs des indociles, d’amener chacun·e à se poser des questions, à se positionner : Parfois on singe l’armée pour interpeler et rappeler quel est son véritable visage « Tuer des gens ? Torturer ? Peux-tu le faire ? », « Une balle tirée, une balle prise ! ». On nous demande souvent : « Vous êtes contre la guerre ? Mais quelle guerre ? ». On voit que c’est difficile dans ce monde polarisé d’envisager qu’on puisse être contre toutes les guerres et du côté de tous les peuples. Face aux inquiétudes et fantasmes – comme si des chars russes allaient débarquer en bas de chez nous demain –, nous constatons que la propagande gagne du terrain. « Il faut bien se défendre », « Nous aussi on est contre la guerre mais si on veut la paix il faut préparer la guerre ». Cette confusion confine parfois à l’ostracisme : « On ne peut pas faire la paix avec les russes ». On nous « traite » parfois d’idéalistes, voire même parfois de lâches. Alors on discute à bâtons rompus. On essaie de sortir des discussions de stratèges politiques et de ramener à des choses simples : on ne veut pas tuer ou se faire tuer, surtout pour des intérêts qui ne sont pas les nôtres. Nous rencontrons aussi, plus qu’on ne l’imagine, des gens écœurés par la montée du militarisme, qui ne sont pas dupes sur la machine de propagande déployée par l’État, des lycéens récalcitrants (nous en avons rencontré qui ont bloqué avec succès leur établissement afin d’empêcher l’armée d’y entrer). Pour certain·es, c’est une évidence « Ah non ! Moi j’irai pas, ça sera sans moi ! ». Que faire de ce constat ? Face aux défaitistes, nous rappelons que l’adhésion de la population est importante pour les gouvernants afin de mener des guerres, que les mouvements pacifistes ont déjà arraché des victoires. Il est plus que jamais nécessaire de s’organiser et se relier. Nous espérons ainsi participer à créer une force politique antimilitariste apartisane, pouvoir réunir un maximum d’adhérent·es autour de ce même refus et que cet entrain fasse « boule de neige », que partout se forment des collectifs et associations qui portent une autre parole face à la gangrène de la militarisation, de l’autoritarisme, de l’obéissance, du patriotisme et de la peur. Cette marche est déjà en cours avec par exemple les assemblées anti-militaristes ou les mobilisations massives des jeunes en Allemagne contre le retour du service militaire. L’histoire, bégayante, ne fait que (re)commencer. Comme tant d’hommes et de femmes avant nous, refusants, objectrices de conscience, déserteurs, saboteuses de mobilisations, organisons nous !
L’Association des Refusants et Refusantes à l’Armée et à la Guerre Disponible ici : https://arrag38.wordpress.com/la-charte-de-larrag/
Source: OCL
