« Les religions ont cela de commun que toutes prêchent aux opprimés la soumission au joug de l’oppresseur. Si le glaive du soldat fait de la multitude un esclave physique, le catéchisme du prêtre, – arme bien autrement dangereuse, – en fait un esclave moral.
L’idée d’un Dieu, le culte de la divinité : voilà la cause première qui eut pour effet la déchéance de l’homme, le premier feuillet du livre où fut écrit en substance le martyrologe de l’humanité.
Aussi, qui nie le droit divin sur la terre, doit également nier dans les cieux la royauté d’un être surnaturel.
Nous rions aujourd’hui des anciens peuples qui adoraient le soleil. Et, relativement aussi ignorants, sinon plus ignorants qu’eux, nous adorons sous une autre forme, un être que notre imagination dote de la puissance suprême. Et, – bien plus stupides que ces idolâtres d’un astre qui ne nous fait que du bien et que du moins nous pouvons palper avec le toucher de la vue, – nous allons nous, chercher notre idole en dehors et au-dessus de la nature. Et plus elle nous fait de mal, et plus nous la bénissons, car plus nous aurons eu à souffrir ici-bas, nous disent les heureux de ce monde et plus nous aurons de bonheur dans l’autre, là-haut, dans un paradis fort éloigné sans doute, puisque, comme Dieu, il est au-delà de l’infini. Et non seulement le corps, – créature charnelle, que ce Dieu nous aurait donnée, – doit être tué chaque jour par le jeûne ; mais l’âme, – créature spirituelle, – doit aussi subir toutes sortes de mortifications. Et cela pour la plus grande gloire d’un Dieu infiniment bon, infiniment juste, infiniment aimable, infiniment miséricordieux…
C’est-à-dire que, pour rappeler certains axiomes, » nous voyons la paille dans l’œil du voisin et nous ne voyons pas la poutre qui est dans le nôtre. «
Le clergé, peut-on dire, est l’empoisonneur de la conscience humaine. C’est lui qui, sous forme de prédications, nous verse par doses journalières la nicotine du renoncement aux jouissances de ce monde, aux droits de l’homme et du citoyen. C’est l’auxiliaire le plus à redouter du despotisme, ou plutôt c’est le despotisme lui-même. Les rois et les empereurs n’ont que le manteau de la puissance souveraine. Lui, il en a le sceptre.
Une similitude : Voyez en service auprès de quelque vieux célibataire une de ces filles pourvues d’un âge problématique et d’un embonpoint incontestable. D’apparence, elles sont les servantes, en réalité, les maîtresses. Souples et violentes à la fois, hypocrites et éhontées à l’occasion, elles sont là, ne perdant jamais de vue le but de leur convoitise, l’article du testament. Rien ne se fait dans la maison sans leur assentiment. Elles ont les clefs de tout, la direction de tout, le maniement de tout. C’est de ces filles qu’on peut dire avec justesse qu’elles règnent et gouvernent. C’est qu’elles ont le secret des faiblesses du maître. Le jour, elles savent chatouiller ses petites passions par quelque encens de cuisine, par quelque obscénité de langage ; la nuit, par quelque complaisance d’alcôve, quelque courtisanerie charnelle. Tel est le clergé au service du prince, la religion aux gages de l’autorité.
À quoi bon la divinité et le culte, si ce n’est pour nous habituer à sacrifier aux dieux de la terre ? À quoi bon, encore une fois, se prosterner devant des fétiches. Étudions au lieu de prier. Instruisons-nous dans les sciences naturelles. L’ignorance, voilà ce qui fait de notre globe une vallée de larmes, un enfer. La science, voilà ce qui en fera un séjour de délices, un Éden. Oui, c’est la science qui, – des hommes se déchirant aujourd’hui entre eux comme des damnés, – fera des anges communiant ensemble dans l’abondance et la fraternité.
Allons, la hache dans les confessionnaux ! le marteau sur les églises ! le feu à toutes les soutanes ! Démolissons, brisons, incendions par la base et le faîte la divinité et le culte, – autel et livres saints, temples et cures. Il n’est qu’une heure où la lumière puisse jaillir de ce chaos de mensonges et d’iniquités, de ce fatras de vieilles défroques appelées la religion. C’est l’heure où – trempant le goupillon dans la résine, – on en fera une torche pour embraser le reste !
La question religieuse est aujourd’hui résolue. La religion ne se soutient plus qu’à l’aide de l’autorité, comme l’autorité à l’aide de la religion. Celle-ci est la meule qui émoule l’autre, l’autre le tranchant qui protège celle-ci. Vienne un jour de victoire populaire, et ce sera pour la religion comme pour l’autorité le jour du jugement dernier.
Quel est l’homme qui, – libre, – serait assez gangrené de morale pieuse pour vouloir encore livrer sa sœur ou sa compagne, sa fille, ses enfants, aux graveleux enseignements du confessionnal, à la corruption systématique de leur nature physique et morale ? Quel est l’homme qui – pour lui-même, pour la perdition de son corps et de son âme, – voudrait encore payer la dîme de l’élevage et de l’engrais des calotins de toutes sectes et de tous étages ? En est-il beaucoup ?
Donc, plus de budgets des cultes : la liberté religieuse. Que celui qui voudra du prêtre, le paie. Mais que prêtres et cultes se renferment dans l’habitacle de leur superstition, et qu’ils ne reparaissent jamais à la clarté publique, comme un attentat à la pudeur de la raison.
Religion ! vierge polluée, vestale impudique et grosse de l’abêtissement humain ; toi qui, dans les débauches du temporel, as laissé éteindre la foi, ce feu sacré de tes autels ; prostituée de César, il faut mourir !… Le gouffre est ouvert, mais, avant d’y tomber, regarde !… et reconnaît, à son front rayonnant d’une triple auréole, non plus le fils de Dieu, mais le fils de l’humanité, le fils de la nature. C’est le Messie du socialisme qui, – prophétisé de génération en génération par les philosophes, – a enfin pris naissance sur le grabat des prolétaires ; et qui, – comme son aîné, ressuscitant après avoir été crucifié, – va convertir le vieux monde chrétien à l’Évangile nouveau, à la trinité humanitaire : Liberté, Égalité, Fraternité !
Et tous les opprimés tressaillent à son approche ; et il vient bien réellement les racheter de l’esclavage, car sa RÉPUBLIQUE, à lui, est de ce monde !… »
Joseph Déjacque, in La question révolutionnaire (1854)
★ Joseph Déjacque : DE LA RÉVOLUTION – Socialisme libertaire
» Principes : Liberté, égalité, fraternité Conséquences : Abolition du gouvernement sous toutes ses formes, monarchique ou républicain, suprématie d’un seul ou des majorités ; Mais l’anarch…
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/10/joseph-dejacque-de-la-revolution.html
★ Joseph Déjacque : DE LA RÉVOLUTION.
★ Joseph Déjacque : DU GOUVERNEMENT – Socialisme libertaire
» Plus de gouvernement, cette machine à compression, ce point d’appui au levier réactionnaire. Tout gouvernement, – et par gouvernement j’entends toute délégation, tout pouvoir en dehors du peu…
https://www.socialisme-libertaire.fr/2026/10/joseph-dejacque-du-gouvernement.html
★ Joseph Déjacque : DU GOUVERNEMENT.
★ Joseph Déjacque : Essai sur la Religion – Socialisme libertaire
★ Essai sur la Religion (extrait), par Joseph Déjacque (1861) I. » Qu’est-ce que la Religion ? Que doit-elle être ? Qu’est-ce que la Religion aujourd’hui ? C’est la synthèse immuable de toutes…
https://www.socialisme-libertaire.fr/2023/01/joseph-dejacque-essai-sur-la-religion.html
★ Joseph Déjacque : Essai sur la Religion.
★ Joseph Déjacque : un précurseur anarchiste méconnu – Socialisme libertaire
» Joseph Déjacque n’est pas considéré comme un théoricien anarchiste et, pourtant, il vient pratiquement juste après Proudhon, avant Bakounine et Libertad, chronologiquement parlant. Déjacque…
https://www.socialisme-libertaire.fr/2015/12/joseph-dejacque-un-precurseur-anarchiste-meconnu.html
★ Joseph Déjacque : un précurseur anarchiste méconnu.
★ La pensée libertaire de Joseph Déjacque – Socialisme libertaire
Joseph Déjacque (1821 – 1864) » Les anarchistes luttent autant pour l’égalité que pour la liberté. Au XIXe siècle se forme déjà une pensée libertaire. Joseph Déjacque exprime un anarchisme…
https://www.socialisme-libertaire.fr/2021/12/la-pensee-libertaire-de-joseph-dejacque.html
★ La pensée libertaire de Joseph Déjacque.
Source: Socialisme Libertaire
