Partout le constat est le même et prouve un profond désintérêt, voire un écœurement par rapport à ce qu’il est convenu d’appeler la politique, c’est-à-dire les rivalités entre politiciens qui se foutent de nos problèmes quotidiens et se battent pour sauver ou d’obtenir un siège d’élu – avec le salaire et tous les privilèges qui y sont associés.
Mais une fois fait ce constat de la désertion massive des urnes, quelle conclusion en tirer pour nous, anarchosyndicalistes, particulièrement dans la perspective des élections présidentielles de 2027 et de l’annonce de l’arrivée imminente de l’extrême droite au pouvoir ? Devons-nous succomber à la trouille et entendre les sirènes qui disent de se ruer aux urnes ?
Si nous partageons le rejet de LA politique (politicienne) exprimé par beaucoup, il nous semble important – en tant qu’anarchosyndicalistes – de proclamer la nécessité de nous engager pour défendre nos intérêts, démarche qui est éminemment … politique. C’est une nécessité, dans la mesure où LE politique est l’art de s’intéresser à ce qui concerne la cité et ses habitantes et habitants, c’est ce qui contribue à ce que sont aujourd’hui nos vies et nos quotidiens. Seulement, notamment à cause des dégâts provoqués par les incompétences ou la démagogie des politiques traditionnelles (qu’elles aient exercé le pouvoir ou pas encore), cette nécessité de s’engager directement et sans représentant ni intermédiaire n’est pas toujours comprise. Alors, nous le disons : s’intéresser au fait politique, cela n’a rien à voir avec soutenir l’un ou l’autre des partis politiques. C’est au contraire chercher des associés, autour de soi au travail, sur son lieu de vie, pour élaborer collectivement, de façon libre, égalitaire et fraternelle des solutions aux problèmes (récurrents) auxquels nous faisons face dans notre vie quotidienne (prenons des exemples tels que la cherté de la vie insupportable, les suppressions d’emploi et la précarité qui se généralise, les logements insalubres, la pollution et ses impacts sur la santé, l’insécurité comme les violences policières …) et qui nous tourmentent, sabotent nos projets de vie et nos vies elles-mêmes, laissant constamment notre avenir dans l’incertitude.
Ainsi, ce n’est que lorsque nous aurons compris qu’il ne sert à rien de se lamenter – un par un et de façon éparse – sur les méfaits de la société capitaliste actuelle, mais qu’il est nécessaire de se regrouper pour essayer d’agir directement, en utilisant le collectif et la solidarité, déjà pour déjà ne pas se faire totalement broyer psychologiquement, que nous pourrons commencer à relever la tête et envisager l’avenir. L’abstention aux élections doit s’accompagner d’un engagement actif dans la solidarité, pour ne pas être une résignation au pire.
Alors que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir semble se profiler, plutôt que de s’en remettre à un hypothétique sauveur qui sortirait des urnes, rappelons-nous ce qu’écrivaient en 1943, au milieu de la nuit noire de l’occupation nazie, nos compagnons anarchosyndicalistes du réseau clandestin issu de la section de l’AIT de l’époque : « Il ne s’agit pas de lutter seulement contre le fascisme hitlérien, mais contre tous les fascismes, contre toutes les tyrannies, qu’elles soient de droite, du centre ou de gauche, qu’elles soient encore royales, démocratiques ou sociales, car aucune tyrannie n’émancipera le travail, ne libèrera le monde, n’organisera l’humanité sur des bases vraiment nouvelles. Il ne s’agit pas de parler de liberté, il s’agit de vivre librement. Il ne s’agit pas de parler de fraternité, il s’agit de vivre fraternellement. Nous ne luttons pas pour inscrire des mots sur une bannière ou changer de couleur un drapeau. Nous sommes concrets. Nous voulons passer : de la guerre perpétuelle à la paix perpétuelle ; de l’exploitation de l’homme par l’homme à l’égalité sociale ; de la tyrannie totale ou partielle à la liberté entière ; de l’incohérence à la conscience. Nous n’acceptons aucun compromis avec personne. Nous ne sommes attachés à aucune personnalité, ni à aucun parti. Nous voulons la réalisation pratique de l’Idée sociale préconisée depuis près de deux cents ans par les républicains de 1789, les socialistes, les syndicalistes, les libertaires. Et nous sommes convaincus que, seules, la méthode susindiquée pourra la réaliser.
Aujourd’hui, nous sommes une association de lutteurs. Demain, nous serons une association de-constructeurs et de réalisateurs.
Et pour mener la tâche à biens : … Nous cherchons des associés » [2]
En 1943 comme en 2026, ces mots restent d’actualité. La résistance, c’est maintenant. Rejoignez-nous !
[1] La palme revenant aux 6 organisations trotskiste qui ici ou là présentaient ou participaient à des listes avec toutes rigoureusement le même programme mais des têtes d’affiches différentes ! La concurrence pour être le ou la cheffe de l’avant-garde éclairée est rude !
[2] À TOUS LES TRAVAILLEURS DE LA PENSÉE ET DES BRAS ! ( tract diffusé à Toulouse et Marseille en 1943) https://cnt-ait.info/2019/08/01/1943.
Source: CNT-AIT France
