Tout devient un quotidien : la douleur, la souffrance, la dépression.

Mon esprit est guidé par l’envie de vivre.
Mon corps me dit de mourir.

Qu’est-ce que la mort dans un monde où celle-ci est quotidienne ?

Maintenant, on nous autorise à mourir pour mieux choisir qui a le droit de vivre ou de mourir.

La chaîne de la plus-value est la réalité matérielle qui nous conditionne dans notre droit de mourir.

Ma maladie ne se soigne pas, elle ne rapporte pas assez au capital.

On préfère me dire : « Si tu ne supportes pas la maladie, suicide-toi. »

Les billets rentrent dans l’industrie de la mort.

Ma vie n’est rien d’autre qu’une condition négligeable qui n’apporte rien au capital.

On m’apprend surtout à me dire : « Vous êtes malade, c’est forcément héréditaire. »

Quand on vit dans un système qui produit un empoisonnement par l’agro-industrie, comment le corps pourrait-il ne pas être malade ?

Mon esprit est aussi malade, car la souffrance d’un monde qui n’est que guerre, famine, pauvreté et massacres nous atteint.

Comment pouvons-nous être guéris d’un monde malade ?

La maladie est viscérale. On nous endort dans le désespoir le plus dense, olifore. Un mot qui vient soigneusement nous rappeler que le bonheur ne peut exister avec la maladie.

La maladie est entretenue par ceux qui décident de nous soumettre à la plus haute instance de la décadence : la chaîne de la propriété privée, qui fait de nous des sujets de ceux qui la possèdent.

On nous dit que la médecine a évolué, qu’elle soigne tout le monde. De vraies balivernes pour effacer que notre santé évolue à l’odeur du billet.

Le capitalisme a continué à faire ce que le féodalisme faisait : nous rendre malades.

Mais peut-être que la véritable maladie n’est pas seulement dans nos corps.

Elle est dans ce monde qui transforme la souffrance en marchandise, la santé en privilège et la vie en valeur comptable.

On nous apprend à supporter, à produire, à consommer, puis à disparaître lorsque notre corps ne rapporte plus.

Alors je refuse cette fatalité.

Je refuse que la maladie devienne une condamnation à l’isolement, au silence et au désespoir. Je refuse que la valeur d’une vie soit déterminée par sa capacité à produire de la plus-value.

Car si ce monde nous rend malades, alors ce n’est pas à nous seuls de nous adapter à sa maladie.

Il faut guérir le monde.

Et peut-être que guérir le monde commence par cette simple idée : aucune vie n’est inutile, aucun corps n’est une marchandise, aucune existence ne doit être sacrifiée au nom du capital.

Notre maladie n’est pas notre honte.

Notre souffrance n’est pas notre faute.

Et tant qu’il restera en nous une envie de vivre, même fragile, même enfouie sous le poids de la douleur, le capital ne pourra jamais posséder entièrement nos vies.

Neno Vasco

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