Dans l’ombre de la nuit, nous entendions des cris résonner de toutes parts. Des hurlements d’une telle intensité que notre lumière semblait vaciller. La nuit s’abattait sur nous. Nous ne savions jamais d’où venait le danger. Le lendemain, la pénombre demeurait, mais cette fois, nous voyions des centaines de bombes exploser tout autour de nous. Un jeune homme vint vers nous. Nous ne savions pas d’où il venait. Nous ne comprenions pas sa langue, mais ses expressions parlaient d’elles-mêmes : il était terrorisé par l’environnement chaotique qui l’entourait.
Il nous raconta que l’un de ses compagnons les plus proches était mort devant lui à cause d’une mine piégée. Il n’avait même pas pu lui dire au revoir. Personne ne semblait se souvenir de son existence. Nous nous sommes reconnus dans ce jeune homme. Nous appartenions tous au même milieu social : le prolétariat. Nous partagions la même condition , celle de servir dans une guerre qui n’était pas la nôtre, mais celle des profits, où chaque cartouche et chaque bombe étaient destinées à tuer l’un des nôtres.
Nous étions des êtres humains avant tout. À travers ces moments horribles, nous avons compris que les barrières de la langue n’étaient qu’un détail. Les émotions étaient limpides entre nous. Nous avons appris la stupidité du patriotisme qui sert à nous diviser. Alors, ensemble, nous avons décidé de déserter, car cette situation ne pouvait plus durer.
Enfin, un nouveau jour se leva. Celui de l’engagement pour une cause qui nous semblait évidente : la négation même de la guerre. Par ce refus, nous affirmions une conviction simple :
Plus jamais ça. Vive la DÉSERTION! Déserteurs de tous les pays, unissez-vous !