Certains amis sont parfois de bon conseil. En incitant naguère Gilbert Laffaille à écrire pour le théâtre, le regretté Claude Duneton fut bien inspiré. Car Gilbert Laffaille s’y est mis et propose sa première pièce, « Mardi gras* », une farce désopilante derrière laquelle se dessine une féroce autant que jubilatoire chronique sociale.
Il n’était pas très difficile de deviner que Gilbert Laffaille, jusque-là connu comme auteur compositeur interprète de chansons, nourrissait une passion pour le théâtre. Sur scène, nous l’avons vu en effet à maintes reprises intercaler dans son répertoire quelques saynètes s’apparentant à du spectacle théâtral, même si l’exercice diffère quelque peu des pièces classiques à plusieurs personnages. On se souvient notamment de ce professeur bienveillant rappelant une dernière fois à ses élèves, avant examen, les diverses appellations des cris d’oiseaux. Ou encore ce présentateur guindé, au parler si particulier des quartiers huppés, annonçant une émission consacrée au compositeur de musique contemporaine Karl-Friedrich Bjorkenborg.
Pour son « Mardi gras », Gilbert Laffaille a réuni sept personnages pour un dîner de fête dans une maison de campagne. Cinq d’entre eux, particulièrement egocentrés, vont rivaliser tour à tour dans le ridicule, la flagornerie, l’indifférence aux autres, et même l’odieux.
Tandis que passe une avalanche de plats et que les invités s’abreuvent à profusion, dans une abondance excessive troublée par la visite imprévue d’éboueurs venus proposer leur calendrier annuel et à qui on envoie la Bonne pour leur remettre un pourboire dérisoire, chacun y va de ses obsessions. Et là, l’auteur se régale à nous offrir des dialogues complètement loufoques, dans lesquels se distinguent un Professeur qui ramène sa science à tout moment, un Amiral aux interventions viriles, un couple de bourgeois pas franchement progressistes, sous l’œil d’une Fée du logie à la fois mondaine et un peu niaise. Seules la Bonne et Roseline, une adolescente, fille de la maîtresse de maison, que ses problèmes laissent sa mère indifférente, échappent à la vilenie des personnages, que Gilbert Laffaille ridiculise à plaisir.
Avec « Mardi gras », on est très loin du théâtre sartrien, où chaque réplique ou presque résonne comme une sentence morale pesante. Mais en tout cas on passe un excellent moment à sa lecture. Je vous souhaite d’en profiter.
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* « Mardi gras », de Gilbert Laffaille, éditions ExÆquo. Le livre peut être commandé sur le site de l’éditeur.
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