Tu t’investis dans une lutte contre l’État, le capitalisme.

Tu veux concrétiser cette lutte.

Mais au final, la lutte est dévoyée.

Beaucoup se fourvoient dans la lutte en se vendant à l’ennemi de classe.

Tu perds espoir, le moteur de la vie s’éteint.

Je n’ai plus d’âme pour vivre, mon moteur est cassé à jamais.

Ma confiance est rompue.

Mon destin est scellé.

Le monde est vendu au prix du génocide perpétuel.

Tu ne sais plus quoi faire.

Le monde s’écroule sous le spectacle mis en scène.

Les balles creusent l’enfermement, la mort.

Des millions de personnes meurent de faim.

C’est tout à fait normal : la globalité accepte.

Je tourne en rond, mon cœur saigne.

Tu ne peux plus réfléchir, car ton cerveau ne connaît que nations, guerre, haine.

Le mien connaît la compassion, les cris, la justice.

Mais trop seul ici, dans la sincérité.

Je reste là pourtant,

dans cet enfermement sans murs,

où la conscience est une peine

et la lucidité une condamnation.

Chaque jour ressemble à une répétition

du même drame accepté.

Les morts comptées comme des chiffres,

les vivants dressés à détourner le regard.

Je parle mais personne n’écoute,

ou alors on récupère mes mots

pour les vider de leur sens,

les rendre inoffensifs.

La lutte devient un décor,

un slogan,

un spectacle de plus,

pendant que la machine continue.

Je ne crois plus aux promesses,

ni aux lendemains qui chantent.

Je vois seulement

la violence normalisée

et l’injustice permanente.

Je tiens encore,

pas par espoir,

mais par refus.

Refus de devenir comme eux.

Même seul,

même épuisé,

je garde cette chose intacte

que le pouvoir ne peut pas acheter :

la sincérité,

qui fait mal,

mais qui accuse

leur monde jusqu’au bout.

Et je sais maintenant

que ce qui fait une révolution sociale

c’est la sincérité,

l’espoir en l’humanité,

la compassion,

et aimer vivre,

malgré tout.

Pour espérer un monde

sans frontières, sans maîtres, sans argent,

juste l’amour de l’humanité,

hors de l’enfermement.