On t’a volé ton temps avant même que tu saches compter
L’aliénation, c’est pas un contrat
C’est un dressage avant même l’école
On t’apprend à courber l’échine
À avaler l’ennui comme une hostie froide
L’école ? Première usine idéologique
Où l’on forme des corps dociles
Des esprits programmés pour obéir
Des bouches cousues par des programmes
On t’apprend à rester assis
À lever la main pour parler
À demander la permission d’exister
Comme si la vie était un privilège
Et puis un jour tu signes
Tu deviens un numéro dans un tableau Excel
Ton nom s’efface derrière des tâches
Ton temps s’échange contre des miettes
Tu produis mais tu ne sais pas pourquoi
Tu crées mais on te vole le fruit
Tu donnes ton énergie ton souffle tes nuits
Et on te rend un salaire… insuffisant
Le pire c’est qu’ils ont gagné quand
Tu intériorises la chaîne
Quand tu te surveilles toi-même
Quand tu deviens ton propre geôlier
Fais plus d’heures
Sois plus productif
Prouve ta valeur
Comme si ta dignité se mesurait en euros
Ton cerveau est colonisé
Ton langage est un piège
Mérite effort sacrifice
Des mots qui justifient ta soumission
Plus tu es fatigué moins tu contestes
Plus tu es seul moins tu résistes
Plus tu doutes moins tu existes
Mais un jour tu réalises
Ce n’est pas toi le problème
C’est le système qui te vole ton temps
Et qui te vend ta propre sueur en miettes
Fatigue répétition isolement
L’existence réduite à un schéma
Tu te lèves trop tôt tu rentres trop tard
Et entre les deux tu essaies de survivre
Le temps libre ? Une parenthèse
Un pansement sur une plaie ouverte
Où tu essaies de recoller les morceaux
Avant que la machine ne redémarre
Pourquoi ils tiennent tant à ce modèle ?
Parce qu’un prolo épuisé ne conteste pas
Parce qu’un prolo isolé ne construit pas
Parce qu’un prolo qui doute ne renverse rien
Parce qu’un prolo qui survit n’a plus la force de se battre
Le travail aliéné est un outil de domination étatiste
Une architecture de contrôle
Une manière d’empêcher la coordination
L’organisation la créativité collective
Qui pourrait démanteler les structures d’oppression qui te mutilent
Plus tu es pris dans la routine moins tu vois l’échelle
Plus tu es pressé par les horaires moins tu questionnes leur légitimité
Plus ton existence est compressée plus la possibilité de la liberté semble lointaine
Briser l’aliénation reprendre ce qui nous a été volé
Sortir de l’aliénation et pas trouver un meilleur travail
Ce n’est pas monter en grade
Ce n’est pas gagner plus
C’est refuser la logique même du système
La hiérarchie la propriété la centralisation la dépossession
C’est reconstruire le travail comme une activité choisie
Collective autonome orientée vers la création
L’entraide la liberté
C’est réinventer l’organisation sociale en dehors de la domination
C’est redonner du sens là où il n’y avait que répétition
C’est agir pour soi avec les autres sans maître ni chef
L’aliénation se fissure dès l’instant où l’on refuse de croire que ce système serait inévitable
Elle se brise quand on comprend que la dignité ne dépend pas d’un contrat
Elle s’effondre quand on cesse d’accepter la fatigue comme destin
Et elle disparaît totalement quand on reconquiert notre puissance d’agir ensemble librement hors de toute autorité