Autrement dit, si cette révolution a déraillé pour finalement échouer, c’est parce que les travailleurs et la population ont été piégés par le démocratisme bourgeois, le nationalisme et l’Étatisme. Ces trois critères ont joué leur rôle de saboteurs de la révolution et ont ainsi non seulement paralysé celle-ci mais ont de surcroît permis à la bourgeoisie aux abois d’amadouer les travailleurs et la population, de les endormir avec l’illusion suscitée par ce démocratisme, les envoyer voter et ensuite, à non seulement maintenir leur exploitation mais finalement à les enchaîner à leurs exploiteurs pour les livrer à Kaïs Saïd, ce populiste mégalomane qui s’était fait passer pour un « ami du peuple » pour aujourd’hui avoir recours à la matraque.
Cette pseudo démocratie et son parlementarisme s’effondraient alors. Et comme longtemps après le 14 Janvier 2011, la bourgeoisie paniquait encore, il lui fallait alors un homme fort pour éviter qu’une deuxième révolution éclaté, face à l’ampleur des problèmes sociaux rencontrés par la population. Kaïs Saïd a été l’outil parfait.
Ajoutons qu’un dictateur n’arrive jamais seul au pouvoir, car pour qu’ils soient aux commandes, c’est toujours parce qu’ils ont des soutiens et que la bourgeoisie leur ouvre la porte. Le reste, c’est de la fable romanesque.
Ce régime autoritaire tunisien non seulement ne tolère plus aucune opposition mais il réprime tout, quadrillé tout et, cerise sur le gâteau, en plus de renforcer l’armée et la police pour mieux étouffer les contestations et oppositions, invente des ennemis imaginaires. Ce qu’on peut voir, c’est que lorsque les urnes ne suffisent plus, la matraque et les fusils prennent la relève. Ce phénomène n’est en rien « exceptionnel » : c’est le capitalisme dans son quotidien qui produit la dictature totalitaire, véritable machine à broyer.
Aujourd’hui, le prolétariat et la population tunisiens se retrouvent désarmés par les illusions électorales passées réformistes et paralysantes et coincés entre misère et terreur. On criminalise toute contestation, on détruit toute organisation autonome, ouvrière ou populaire, on fait taire toute colère, etc…. . La « stabilité » vendue par le régime n’est issue que la peur organisée. Et tant que l’État-nation, la police et l’armée existeront et seront vus comme « légitimes », les travailleurs et la population resteront dominés. Les syndicats « classiques », comme toujours, ont joué le rôle de pompiers sociaux, notamment en analysant la rage populaire vers des palabres inutiles. Ils ont au demeurant paralysé la lutte, cassé l’élan révolutionnaire et finalement ouvert la voie au retour de cette dictature autoritaire.
Quant aux partis démocrates et de l’opposition de gauche, ils ont complété le travail contre révolutionnaire, consistant à vendre la rhétorique de « l’État protecteur » alors qu’ils ne savent que gérer le capitalisme, ce qui amène vers la pauvreté certaines et la tyrannie. Ils ont légitimé un parlement instable et une pseudo démocratie au lieu d’appeler à l’abolition de l’État, de la police, de l’armée, de la justice bourgeoise et de la dictature des rapports capitalistes de propriété ainsi que du système monétaire. Ça a donc été un democratisme réformiste ayant servi de plateau d’argent aux tyrans.
La dictature de Kaïs Saïd n’est pas une rupture mais une continuité : le capitalisme dans sa forme la plus brutale. Il n’y a pas de capitalisme à visage humain et en plus que dans des pays de ce genre, la démocratie relève des châteaux en Espagne, tellement la bourgeoisie est incapable de concrétiser les droits démocratiques, l’idée d’un État « neutre » ou « au service du peuple » ou « Providence » est un mensonge honteux, un comble. Bien sûr, cette dictature là empêche toute alternative réelle, toute reconstruction sociale, mais seule l’auto-organisation des travailleurs et de la population peuvent libérer la société et concrétiser un véritable affranchissement social.
Détruire l’État, le gouvernement et ses appareils de domination puis bâtir des réseaux autogérés, des communes libres, des structures basées sur la solidarité réelle, instaurer l’autogestion et l’égalité concrète : voilà la seule voie et voilà la véritable révolution.
Les travailleurs doivent cesser de simplement survivre et lutter pour un autre avenir de façon à pouvoir commencer à vivre. Il doivent reprendre leurs vies et leurs affaires en main, organiser démocratiques les processus de la production de façon à orienter celle ci vers l’objectif de satisfaction des besoins et non pour la plus value, le profit, l’argent etc… Ensuite, une telle révolution doit consister à transformer l’enseignement, les soins de santé, le logement, la terre etc… en biens communs dont les fruits serin gratuits et librement accessibles à tous.
Abolir l’État n’est pas le bordel et l’anarchisme n’est pas l’anomie. C’est la construction la société libre composée d’assemblées horizontales, autogestionnairee, étant composées elle-mêmes de délégués responsables et révocables à tout moment
Abolir la police, l’armée, la justice bourgeoise, le système carcéral et la bureaucratie, comme aussi remplacer la compétition par la coopération volontaire , la domination par la solidarité, l’asservissement par l’autonomie collective, etc…
C’est cela, le socialisme Libertaire, qui est la seule voie capable d’empêcher qu’une révolution à La base pour la liberté ne devienne une autre dictature autoritaire ou totalitaire. Quant aux élections, on les refuse car hormis de refuser de participer à un cirque cautionnant le système, on ne vote pas la liberté : on la construit. De même, on ne délègue pas le pouvoir: on le détruit. Les lieux de travail et de vie : usines, terres, quartiers, écoles, universités, etc.. de notre vie quotidienne peuvent dès maintenant devenir une base de résistance. La révolution doit continuer car ce n’est pas un moment : c’est un chemin vers l’émancipation collective et sociale.
Tant que le pouvoir existe, il n’y aura rien de définitif ni d’imprescriptible et nous resterons des esclaves. Et la révolution en Tunisie n’a pas manqué de courage mais elle a manqué de lucidité et de perspectives. Seul un mouvement libertaire socialiste peut rouvrir l’horizon d’un véritable affranchissement et d’un avenir digne de ce nom. Démanteler l’Etat et les structures de domination, rebâtir une société fondée sur l’égalité, la liberté et la solidarité + la fraternité.
Et aujourd’hui, le souffle révolutionnaire lancé en 2011 peut renaître, mais transformé et cette fois il doit être armé d’une perspective. L’affranchissement que la révolution doit viser est celui d’un contexte étant sans État ni capitalisme ni système monétaire ni frontières. Une société dans laquelle la population ne subit plus mais construit sa propre existence dans le règne de la liberté.
Viva la révolution sociale !
Bluesky
