Syndicalisme et gestion du Personnel

Syndicalisme et gestion du Personnel

L’un des lèche-bottes de l’usine où je gagne ma vie a surpris ces derniers jours un intérimaire qui s’endormait sur son poste de travail un vendredi matin. Cet individu est allé illico presto le dénoncer au directeur de production de l’usine. Ce dernier a renvoyé l’intérimaire chez lui, « pour qu’il puisse se reposer », car ça pouvait être dangereux.

Il s’ensuit une petite dispute entre salariés (dont moi-même) par rapport à cette indélicatesse, et voilà que le lundi suivant, le délégué CFTC vient me voir pour me dire à quel point j’ai été injuste envers le baveux de la direction. Que l’intérimaire est juste au repos et qu’il reprendra le boulot dès que possible.

Un autre syndicaliste CGT, celui-là, vient également me confirmer que l’intérimaire n’a pas été foutu dehors. Deux jours plus tard j’apprends que le contrat de l’intérimaire n’a pas été renouvelé pour la semaine suivante, donc il a bel et bien été foutu dehors.

Un autre jour (toujours cet été), dans la même boîte où je trime, un des délégués F.O. est venu dans l’atelier des ébavureurs, qui profitaient d’un rafraîchisseur d’air, qui faisait tout de même baisser la température ambiante de l’atelier à 27° (oui, il faisait chaud), pour proposer de remplacer le rafraîchisseur d’air par deux ventilateurs, pour pouvoir faire faire des économies à l’entreprise, tout cela dit avec un aplomb déconcertant !

Il faut également noter qu’en 2024, nous avons donné un coup de pouce à une compagne hospitalière, qui travaillait à l’hôpital Joseph Ducuing à Toulouse, où il y a eu un mouvement de grève, les revendications habituelles, c’est-à-dire les conditions de travail, les salaires …

Tout ça pour s’apercevoir que la direction de cet hôpital Toulousain est en réalité … La CGT ! Dans l’imaginaire collectif, la logique des choses voudrait que le syndicalisme et les syndicalistes délégués puissent défendre l’intérêt et le bien-être des travailleurs. Force est de constater, que dans ces épisodes navrant les syndicats se sont comportés et se comportent ouvertement et sans honte comme des auxiliaires du DRH , quand ils ne sont pas carrément eux mêmes la direction d’un établissement .

Ce n’est pas la première fois, chez Mécachrome, que nos chers syndicalistes nous la font à l’envers. Il y a déjà quelques années, nous avons fait une grève pour des augmentations de salaire, pour qu’au final au bout de 2 mois et demi de grève le syndicat F.O signe les accords NAO sans nous informer de quoi que ce soit, et bien entendu contre nos intérêts, puisque c’étaient les augmentations que proposait la direction, c’est-à-dire pas grand-chose.

Pour pouvoir ensuite fanfaronner à qui voulait l’entendre que « la démocratie avait gagné, contre les dictateurs et démago » c’est à dire nous autres les ouvriers !

Cela fait déjà très longtemps que nous dénonçons le « syndicalisme institutionnel » dans nos pages, et il est de bon ton de rappeler que « Le syndicalisme est le fruit de la société capitaliste, né dans l’exploitation ambiante qu’engendre le capitalisme » (1) (voir « comité d’usine n°0 », la phrase est tirée de cette feuille d’info). Le « syndicalisme institutionnel », qui se drape de la légalité, de l’égalité et de la représentativité, mais la légalité dans le monde du travail et d’ailleurs dans la société en général, ce n’est rien d’autre que les règles du jeu dictées par les classes dominantes, qui eux-mêmes parlent d’état de droit et de république à tue-tête. Et, contrairement à la propagande étatique, il n’y a pas d’égalité entre les travailleurs et les employeurs, ni en France, ni ailleurs, car si nous étions réellement égaux dans la société, nous pourrions négocier et discuter avec le patronat et la bourgeoisie en général, sans être obligé quasi systématiquement de se mettre en grève et de se bagarrer.

Si nous étions vraiment égaux par la simple discussion, nous pourrions obtenir facilement des améliorations de salaire importantes, de meilleures conditions de travail sans être obligés de hurler. Mais ce monde n’existe pas, et les intérêts des ouvriers concordent rarement avec ceux des patrons. Les syndicats, tous les syndicats du monde, ont des droits qui ont été votés par tous les parlements qui existent sur terre, souvent accordés par les gouvernements pour pouvoir maîtriser les colères prolétariennes. Quand ce n’est pas tout simplement des syndicats uniques de l’État, avec une syndicalisation obligatoire.

Cela fait longtemps que ces institutions prétendument prolétariennes sont au service des États et de la gestion de la production des marchandises. Les syndicats sont un rouage essentiel dans la machinerie capitaliste. Ce sont des organisations importantes dans nos sociétés, et dont la place est reconnue. Leurs positions sont réglementées par la loi et les accords, et leurs chefs aspirent à être au pouvoir, à diriger la société . Les syndicats sont en réalité des organes de la domination capitaliste et ont une mainmise indéboulonnable sur le prolétariat, qui malheureusement pense qu’il est impossible de lutter sans ces bureaucrates.

La tâche principale et la plus difficile pour les travailleurs est de reprendre en main la production et de l’organiser eux-mêmes. Mais le combat pour la conquête du pouvoir sur la production nécessite une élévation importante du niveau de conscience des travailleurs qui leur permettra de reprendre confiance dans leur capacité à gérer par eux même les outils de production.

Il est donc nécessaire de prendre ses distances avec les « syndicats institutionnels », meme ceux se disant « alternatifs »,ou qui se réclament aujourd’hui de « l’anarchosyndicalisme » (la CNT SO, par exemple, a des salariés, qui sont eux-mêmes syndiqués à SUD) , car ils sont un rouage du système capitaliste, ils participent tous via leurs bureaucraties et permanents respectifs, à la gestion des travailleurs dans la société capitaliste. Ne nous y trompons pas, ces gens-là sont là pour nous renvoyer au boulot, pour que le système fonctionne et que les patrons s’enrichissent.

Alors, comment lutter contre cette situation ? Les idées de la classe dominante règnent globalement sur nos sociétés, et imprègnent nos esprits. Et elles y sont ancrées plus ou moins par la force, par l’éducation de nos parents, de l’école primaire à la FAC,toutes institutions qui préparent les futurs travailleurs, par les religions quelles soient chrétiennes, musulmanes ou autres , par la presse, le cinéma, la télé, les jeux vidéo, la musique, la littérature, les drogues…

Le prolétariat, tant qu’il n’aura pas conscience de sa position de classe et de sa force, acceptera comme conditions normales de vie ce qui nous est imposé par le système, et ne pourra pas se révolter et ne pourra pas se battre. Ainsi, un ouvrier adepte des témoins de Jéhovah ou des évangélistes et autres sectes, ne se révoltera jamais, ne fera jamais grève, se soumettra aux humiliations quotidiennes et pensera comme une fatalité implacable que c’est la vie et qu’on n’y peut rien, ne remettra jamais en question la place subalterne que nous occupons dans la société et le rôle qui nous est assigné.

Néanmoins tous les êtres humains sont libres et ont les capacités de remettre en question la situation à laquelle nous faisons face quotidiennement, il suffit d’une prise de conscience généralisée, pour briser le carcan de croyances stupides qui nous fait accepter notre position de dominés, mais pour cela, il faut le vouloir. Quand une grève se déclenche dans une usine, la majorité des ouvriers ne sont pas des militants, et ils n’ont souvent aucune idée de comment s’y prendre pour s’organiser, et ils s’en remettent souvent au délégué qu’on connaît bien, qui lui doit savoir et qui ne sait pas toujours. L’une des prises de conscience importantes et pas des moindres, lors d’une grève, c’est que les travailleurs s’organisent en toute indépendance des syndicats de la boîte, en prenant leurs décisions, pour eux et en discutant à l’assemblée de grévistes, en exigeant une démocratie directe, en évitant qu’un syndicat ou un parti politique vienne nous expliquer la vie.

L’autonomie populaire, c’est la capacité toujours plus affirmée et confirmée des masses à s’auto-organiser, à s’auto-défendre contre les iniquités produites par le capitalisme, à auto-gérer leurs luttes donc leurs propres futurs, à s’auto-représenter et à promouvoir un projet révolutionnaire.

C’est là que réside la clé de la révolution sociale, la résistance quotidienne et multiforme au capitalisme. Mais l’autonomie populaire est quelque chose qui se construit, et ça ne tombera pas du ciel.


Source: CNT-AIT France

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