
Éditorial du Lundi 19 octobre
« Celui qui vous maîtrise tant n’a que deux yeux, n’a que deux mains, n’a qu’un corps […] d’où a-t-il pris tant d’yeux, dont il vous épie, si vous ne les lui fournissez ? Comment a-t-il tant de mains pour vous frapper, s’il ne les prend de vous ? »
— Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire
Par la rédaction de Contre-Courant
Il aura suffi de quelques heures, ce samedi 17 octobre, pour que le vernis du discours officiel craque de toutes parts. Depuis des jours, les porte-parole du gouvernement et les éditorialistes aux ordres répétaient en boucle la même comptine lénifiante : le mouvement « s’essoufflait », la colère populaire s’éteignait, l’ordre républicain reprenait ses droits.
Quel démenti cinglant ! La mobilisation massive du week-end, portée par une rage sociale trop longtemps contenue, a balayé leurs certitudes de papier. En investissant la rue avec une détermination inédite, en dressant des barricades face à la violence d’État et en ciblant directement les lieux du pouvoir et du privilège bourgeois, le peuple a mis l’exécutif au pied du mur.
Ce qui s’est joué ce 17 octobre dépasse le cadre d’une simple journée de protestation. C’est le retournement de la force des dominés contre leurs oppresseurs. Comme le soulignait La Boétie dans une attaque frontale contre la tyrannie : la puissance de l’État n’est faite que des bras et des yeux qu’on lui cède. Le 17 octobre, ces bras ont cessé de servir le pouvoir pour ériger des barricades et reprendre ce qui nous appartient. Quand un gouvernement ne sait plus que mépriser, précariser, réprimer, éborgner, amputer, tuer, il perd toute légitimité. Les débordements que la presse préfectorale s’empresse de condamner ne sont que le miroir de la violence sociale permanente exercée par la classe dirigeante.
Sur les barricades temporaires comme au cœur des rassemblements spontanés, c’est une tout autre idée de la société qui a surgi : celle de l’action directe, de la solidarité sans intermédiaires et de la réappropriation collective. Face aux symboles de l’oppression et du capitalisme parasitaire, l’illusion de la puissance étatique s’est effondrée, révélant un gouvernement fébrile, incapable de répondre autrement que par la matraque et le mensonge.
L’histoire ne s’écrit pas dans le calme feutré des ministères ni dans les compromis de couloirs. Elle s’écrit là où les dominés reprennent leurs mains pour lutter. Le soulèvement du 17 octobre n’est pas un point d’orgue, mais un point de départ.
Construisons une, deux, trois, dix, des dizaines, des centaines, des milliers de barricades, contre l’état, la bourgeoisie, le capital et ses chiens de garde, flicaille, armée etc.
Au pouvoir qui tremble, nous répondons : la liberté et la justice ne se négocient pas. Elles se prennent.
La peur doit changer de camps.
Source: Contre courant
