
La police tue, compagnons ! Elle mutile, elle frappe, elle gaze, elle enferme, et tout cela au nom de cette vieille idole qu’on nous présente depuis toujours comme sacrée : l’État et son fameux « ordre public ».
Mais qu’est-ce donc que cet ordre, sinon l’ordre des puissants imposé à celles et ceux qui n’ont ni pouvoir ni uniforme ? L’anarchiste, lui, n’a pas de respect à offrir aux maîtres, aux chefs et aux institutions qui prétendent commander nos vies.
La police prétend nous protéger. De qui, compagnons ? De nous-mêmes ? Voilà une drôle de protection : un œil arraché, une mâchoire fracassée, un crâne ouvert, un corps blessé et, parfois, un mort au bout de l’intervention.
Depuis 2017, Amnesty International documente en France des usages excessifs de la force, notamment lors des manifestations, et alerte sur les blessures provoquées par les LBD, les grenades et d’autres armes utilisées par les forces de l’ordre.
Et parlons des morts ! Amnesty International a relevé qu’après 2017, le recours à la force ayant entraîné la mort lors d’interventions liées aux refus d’obtempérer avait été multiplié par cinq. Cinq fois plus : derrière ce chiffre froid, il y a des noms, des familles et des vies qui ne reviendront jamais.
Et maintenant, le moindre geste devient prétexte à l’ordre policier. Tu ne t’arrêtes pas assez vite ? Refus d’obtempérer ! Tu protestes ? Refus d’obtempérer ! Tu ouvres la bouche pour respirer ? Refus d’obtempérer !
Voilà où nous en sommes : l’obéissance devient la seule liberté autorisée.
Et pendant ce temps-là, les enfants eux-mêmes n’échappent pas à la matraque. Collégiens, lycéens, mineurs sont gazés, poursuivis, interpellés et blessés lorsqu’ils descendent dans la rue.
Des jeunes de treize, quatorze, quinze ou seize ans face aux armes et aux charges de la police : voilà donc la grande réponse de l’État à une jeunesse qui ose lever la tête.
Un crâne fracassé. Une mâchoire fracassée. Un visage en sang. Voilà la réponse de l’État lorsque la jeunesse refuse de rester tranquillement à sa place.
Et puis l’on s’indigne parce que deux poubelles brûlent ou qu’un abribus est cassé.
Deux poubelles ! Un abribus ! Ah, quelle catastrophe pour les bonnes âmes de l’ordre ! Mais un abribus se remplace, une poubelle se remplace. Un œil arraché ne repousse pas. Un mort ne revient pas. Une vie brisée ne se répare pas avec un communiqué de préfecture.
Et c’est alors que surgit l’éternelle rengaine : « Nous faisons notre travail. »
Ah ! Compagnons, cette chanson-là, nous la connaissons !
« Je faisais mon travail. J’obéissais aux ordres. Je n’avais pas le choix. »
À Nuremberg déjà, les criminels nazis invoquaient l’obéissance et les ordres reçus. L’histoire nous enseigne au moins ceci : l’uniforme ne lave pas la conscience et l’ordre reçu ne transforme pas l’injustice en justice.
Alors qu’on ne vienne pas nous raconter que la matraque devient respectable parce qu’elle est tenue par un fonctionnaire !
L’anarchiste ne demande pas à l’État de mieux frapper. Il ne réclame pas une police plus gentille, plus propre ou mieux décorée.
Il remet en cause le principe même de l’autorité qui prétend disposer de nos corps, de nos rues et de nos existences.
Nous ne voulons pas remplacer un maître par un autre maître. Nous ne voulons pas d’un État plus efficace : nous voulons vivre sans maîtres.
Voilà notre différence avec les réformateurs de tous poils qui veulent seulement repeindre la façade de la maison autoritaire.
Nous, compagnons, nous voulons l’autonomie, l’entraide, la solidarité librement organisée. Nous voulons que celles et ceux qui subissent la répression ne soient jamais abandonnés seuls face à la machine d’État.
Résister, c’est refuser l’oubli.
Résister, c’est témoigner, documenter, faire connaître les violences et soutenir les victimes de la répression. C’est organiser la solidarité en dehors des appareils de l’État et de ceux qui prétendent parler à notre place.
Quand un jeune est arrêté, nous ne détournerons pas les yeux.
Quand une famille perd l’un des siens, nous ne détournerons pas les yeux.
Quand un corps est mutilé, nous ne détournerons pas les yeux.
Et lorsque les puissants nous demandent de nous indigner sagement, de protester poliment et de rentrer chez nous, nous leur répondrons que la dignité ne se mendie pas.
La liberté n’est pas un cadeau accordé par un gouvernement.
L’égalité n’est pas une faveur accordée par un ministre.
L’autonomie n’est pas une permission délivrée par un préfet.
Nous ne demandons pas la permission de penser, de parler, de nous organiser et de nous entraider.
La police tue. La police mutile. La police frappe.
Et derrière la police, il y a l’État et le capital qui prétendent toujours que tout cela est nécessaire.
Eh bien non !
Nous ne voulons ni leurs maîtres, ni leurs ordres, ni leur obéissance obligatoire.
Nous refusons la peur.
Nous refusons la résignation.
Nous refusons l’oubli.
Contre les violences policières d’État : résistance, solidarité, autonomie.
Contre tous les maîtres : liberté.
Pour celles et ceux qui refusent de courber la tête : ne nous taisons pas.
Source: Contre courant
