Pour le deuxième jour consécutif, les médias regorgent d’articles sur la mort de l’artiste ukrainien David Chichkan, tombé au front. Fidèle à la règle « si on ne parle pas bien des morts, on ne parle pas du tout », je dirai simplement qu’il repose en paix ; il a défendu son pays jusqu’à son dernier souffle. Mais, excusez-moi, l’anarchisme n’a rien à voir avec cela, même si la plupart de ces articles insistent sur ses convictions anarchistes. Et je ne vous mentirai pas, sa fresque de 2023 à Zaporojye, représentant Makhno sous le drapeau national ukrainien, m’a profondément indigné.

Cette discussion aurait dû commencer dès 2017-2018. J’ai déjà publié quelques éléments épars, mais je vais tenter de les rassembler pour vous donner une vision d’ensemble. À cette époque, les organisations anarchistes en Ukraine avaient été complètement anéanties par des groupes d’extrême droite bénéficiant de la protection de la police et des services de sécurité de l’État. L’essence du conflit résidait dans le fait que, conformément à leurs valeurs, les anarchistes idéologiques [ou révolutionnaires, par opposition aux « anarchistes styles de vie »], après le Maïdan, s’opposaient aux réformes néolibérales et à la marchandisation de la sphère sociale, qui avaient plongé une grande partie de la population ukrainienne dans la pauvreté. L’État, au contraire, menait une politique de répression de tout mouvement de gauche et empêchait les travailleurs et les populations les plus vulnérables de s’organiser et de défendre leurs droits. Notre Union des Anarchistes d’Ukaine (UAU) a elle aussi succombé dans ce combat inégal.
Immédiatement après cette défaite, des représentants des autorités ont commencé à nous approcher avec une constance surprenante, cherchant à nous persuader de vendre le parti ou de le confier à un haut fonctionnaire. Le premier à se présenter fut un messager du conseiller du ministre de l’Intérieur, qui souhaitait qu’on lui confie la direction de notre organisation. Le cynisme de cette démarche est frappant : sans aucun fondement juridique, ils ont détruit l’organisation, muselé ses militants, les ont empêchés de manifester en les attaquant sans cesse, puis leur ont proposé un rôle d’organisation satellite du ministère de l’Intérieur. Mais les organisateurs de cette opération brutale n’ont pas tenu compte de la différence de vision du monde : tandis que pour un nationaliste, devenir un haut gradé de la police et recourir légalement à la violence est l’idéal suprême, pour un anarchiste, collaborer avec les autorités est une honte indélébile, une stigmatisation à vie d’être un provocateur. Pourtant, depuis l’époque de Lutsenko [1], la police ukrainienne nourrit une fascination malsaine pour Makhno, même si quoi de plus éloigné de l’idéal anarchiste que les autorités répressives ?
D’autres méthodes ont ensuite été employées, avec des offres de rançons diverses. À l’automne 2021, un intermédiaire représentant un général de haut rang, nous a également proposé de le nommer président de notre Union et a suggéré que la défense territoriale soit organisée sous l’égide de l’Union des anarchistes d’Ukraine, en s’appuyant sur l’héritage historique des makhnovistes. Ils étaient déjà au courant de la guerre imminente, et les stratèges politiques de la cour comptaient visiblement instrumentaliser ce symbole fort pour la défense de l’État : défendre Huliaipole sous les couleurs et avec l’image des makhnovistes. De plus, lors d’une conversation privée, un représentant compétent m’a dit directement :
« Eh bien, décidez, nous le ferons de toute façon, avec ou sans vous.». Leur dernière tactique a consisté à proposer la création de cellules locales de notre parti, composées de néophytes ignorant tout de l’anarchisme. Dans l’état où elle se trouvait à l’époque, l’Union des anarchistes d’Ukraine était incapable de vérifier la présence éventuelle de radicaux d’extrême droite ou d’informateurs de police parmi ses membres, et donc de former adéquatement ces nouveaux collectifs. Nous risquions d’être entraînés dans les jeux de l’extrême droite ou des services spéciaux, dont il nous serait impossible de nous extraire.
Je l’ai déjà écrit [par ailleurs], mais je le répète : des anarchistes ont combattu dans les rangs de l’Armée rouge, et l’Armée rebelle de Makhno a conclu un accord avec le gouvernement de l’Ukraine soviétique contre leur ennemi commun, Wrangel. Mais dans les deux cas, les Makhnovistes poursuivaient des objectifs anarchistes. La résolution du 1er Congrès de la Confédération des organisations anarchistes d’Ukraine « Nabat », en avril 1919, stipulait que si des anarchistes rejoignaient l’Armée rouge, ils devaient mener leur propagande au sein des troupes et créer des groupes anarchistes conscients de défenseurs de la révolution sociale en son sein. Quant à l’accord de Starobelsk, conclu en octobre 1920 entre l’Armée insurgée rebelle de Makhno/Makhnovistes et la République Socialiste Soviétique RSS d’Ukraine, il comportait un volet politique prévoyant que les Makhnovistes acceptaient d’aller verser leur sang et se rendraient sur le front contre [les troupes du général blanc ] Wrangel en échange de la légalisation l’agitation anarchiste, l’élection d’anarchistes aux Soviets à tous les niveaux et l’instauration d’une autonomie anarchiste dans la région de Goulyaï-Polié [la ville d’origine de Makhno et épicentre de l’influence anarchiste en Ukraine pendant la période révolutionnaire].
Je suis pleinement conscient de l’immense différence entre les conditions et l’état d’esprit sociopolitiques de la société actuelle et ceux d’il y a plus d’un siècle. Je comprends aussi que le chemin qui mène de notre réalité à l’idéal anarchiste est bien plus long qu’il ne l’était pour Makhno. Mais je suis profondément convaincu qu’un anarchiste idéologique [révolutionnaire] ne peut coopérer avec l’État, en abandonnant généralement la voie anarchiste, sans exiger en retour de la part de l’Etat la mise en œuvre des projets anarchistes les plus fondamentaux, à savoir : la liberté de manifestation, l’introduction de mécanismes d’entraide, etc. Si, pour servir les intérêts de l’État, un anarchiste idéologique se contente de mettre ses idées de côté en attendant des jours meilleurs, s’il se débarrasse de ses symboles, comme il se débarasserait de sa salopette de travail, il cesse tout simplement d’être anarchiste. Pire encore, s’il conserve l’apparence d’un anarchiste mais défend en réalité des ordres politiques antagonistes à ses idées, un système de gouvernement répressif, il s’agit là d’une sorte de cosplay / mascarade honteuse, d’un déguisement qui discrédite le mouvement anarchiste.
Par conséquent, lors de ces contacts avec des représentants de l’Etat, notre organisation a formulé des contre-propositions, sollicitant un soutien pour ses projets en échange d’une aide à l’État qui nous soit acceptable. Dans ce contexte, ces projets ne représentaient aucune menace pour les autorités, notamment en ce qui concerne les structures de base d’autonomie locale et de services sociaux autogérés, et contribuaient même à alléger le fardeau social pesant sur le budget [de l’Etat]. Cependant, de notre point de vue, ils jetaient les bases d’une rupture avec le paternalisme post-soviétique au profit d’un développement indépendant de la société civile. Aucune de nos propositions ne fut acceptée, et les autorités persistèrent dans leurs tentatives de pression sur notre organisation, cherchant à la mettre au service du régime sans aucune obligation de leur part, dans l’espoir que nous nous contenterions de quelques miettes.
Cela s’inscrit parfaitement dans le courant politique dominant actuel en Ukraine, où, quels que soient leurs noms, les partis et les organisations publiques promeuvent la même idéologie national-conservatrice et la même économie néolibérale. La « fin de l’histoire », selon Fukuyama. Mais mes compagnons et moi nous n’étions pas intéressés par faire une carrière comme officiels [dans les institutions] ne nous intéressons pas à la carrière des fonctionnaires, sinon nous aurions depuis longtemps renoncé à l’anarchisme. Bref, nous ne sommes pas parvenus à un accord.
Cependant, même sans notre participation, après trois ans de guerre, force est de constater que les autorités n’ont pas réussi à développer un mouvement sérieux en faveur de leur son soutien, fondé sur les idées anarchistes et se réclamant de la Makhnovchtchina. Bien que nous ne soyons pas les seuls au monde, et que la présence d’anarchistes dans les rangs des forces armées ukrainiennes soit encouragée par plusieurs acteurs occidentaux du mouvement anarchiste, malgré les ressources considérables dont dispose l’État grâce au soutien occidental, celui-ci n’a pas réussi à rallier à sa cause un nombre significatif de personnes se déclarant anarchistes. Plusieurs campagnes d’information ont été menées, comme celle de la fresque de David Chitchkan, mais elles ont été extrêmement maladroites, témoignant d’une méconnaissance des fondements de l’idéologie et du système de valeurs anarchistes, et ont donc échoué. Certes, une certaine frange a émergé au sein du camp nationaliste, se réclamant du national-anarchisme. Mais leurs écrits contredisent souvent les principes fondamentaux de l’anarchisme et ne sont donc pas pris au sérieux par le mouvement.
Je ne mettrai pas d’étiquettes sur mes vieux amis anarchistes ni les nouveaux venus dans notre mouvement qui ont décidé, d’une manière ou d’une autre, de soutenir d’abord le gouvernement post-Maïdan puis de défendre l’État dans ce conflit. Ils peuvent s’expliquer s’ils le souhaitent, à l’exception, bien sûr, des provocateurs déclarés, dont les légendes n’intéressent plus personne. J’ai simplement exposé ma position et celle de mes compagnons qui, durant cette décennie difficile, ne se sont pas lassés et n’ont pas renoncé face à l’absence de droits à l’émigration interne, là où le régime post-Maïdan nous a poussés.
Mais j’insiste sur le fait que la défense de l’État, devoir constitutionnel des citoyens et obligation que sont contraints d’assumer même les personnes aux convictions anarchistes lorsqu’elles sont mobilisées et ne sont pas entrées dans la clandestinité, ne doit pas être présentée comme la défense d’idéaux anarchistes. Nombre de commandants de l’armée de Makhno étaient des vétérans de la Première Guerre mondiale, à l’image de Vdovichenko, commandant du 2ème corps Azov de l’armée de Makhno et qui était déjà membre d’un groupe anarchiste avant la mobilisation de 1914. Pourtant, aucun d’entre eux n’a déclaré défendre des idéaux anarchistes dans une guerre impérialiste au service de l’autocratie. Dans de tels cas, ils combattent en tant que citoyens, et non en tant qu’anarchistes. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui, où les autorités, même sur des points mineurs, refusent de faire des concessions à notre idée, cherchant simplement préférant instrumentaliser notre étendard et notre histoire à des fins de propagande afin de mobiliser la société en faveur de et de servir leurs intérêts corporatifs étroits, qui sont par ailleurs destructeurs pour l’immense majorité de la population ukrainienne.
Mais toute guerre a une finit tôt ou tard. Et tôt ou tard, nous aurons une occasion unique de mettre les méthodes / techniques technologies anarchistes d’autogestion et d’autonomie universelle au service de nos concitoyens. Le processus de reconstruction du pays après la guerre doit impérativement inclure la reconstruction des relations sociales, leur humanisation et la modernisation du contrat social. Dans les conditions de ruine économique et de budget public exsangue, nos projets d’entraide et de solidarité peuvent aider les Ukrainiens à surmonter ces temps difficiles et à devenir des citoyens nouveaux et indépendants. Parallèlement, ils ne constitueront en aucun cas une forme de coopération entre anarchistes et État, ce qui nous discréditerait et violerait nos principes. Dans ce travail important et nécessaire, nous sommes prêts à soutenir tous les défenseurs des idées anarchistes et de l’héritage de Makhno qui ont persévéré et enduré avec constance les épreuves de la dernière décennie, qui n’ont pas persécuté leurs compagnons camarades en se mettant au service des élites et qui n’ont pas troqué notre rêve contre les miettes tombées de la table de ceux qui sont au pouvoir.
Viatcheslav Azarov
[1] Note des Traductrices : Iouri Loutsenko Il a été ministre de l’Intérieur dans les gouvernements de Ioulia Tymochenko, Iouriï Iekhanourov et Viktor Ianoukovytch entre le 18 décembre 2007 et le 11 mars 2010, puis Procureur général d’Ukraine entre 2016 et 2019=========================
David Chichkan ( 15 April 1986 – 10 August 2025)
David Chichkan était dans sa jeunesse un militant anarchiste, et également un artiste reconnu en Ukraine,
Militant anarcho-syndicaliste convaincu et anti-autoritaire dès 2010, il été membre du Syndicat des travailleurs autonomes (ATS) de 2010 à 2016.
Dessin de David Chickan de 2014 représenant à gauche les principales organisations anarchistes ukrainiennes et russes (dont en bas la KRAS-MAT / AIT) , face aux organisations fascistes et nationalistes ukrainiennes et russes.
A partir de 2014, il était membre de l’organisation libertarienne Arc-en-ciel noir. Il a fondé le Club libertaire de dialectique clandestine (LCUD) en 2014, une initiative de recherche examinant l’influence de l’idéologie de droite en Ukraine par le biais de l’art. Son activisme était indissociable de sa pratique artistique, l’art étant pour lui un outil essentiel de transformation sociale.
En haut les anarchistes : le pouvoir pour personne, en bas à gauche les nationalistes ukrainiens : pouvoir social-nationailste, en bas à droite les nationalistes russes : pouvoir national-socialiste
En 2016, Chichkan a exposé des œuvres retraçant l’histoire du mouvement anarchiste ukrainien. L’une d’elles, intitulée « Vengeance », mettait en scène la responsabilité de Symon Petlioura dans les pogroms antisémites perpétrés durant la guerre d’indépendance ukrainienne, suivie de son assassinat à Paris en 1927 par l’anarchiste juif Sholem Schwarzbard.
En février 2017, il organisa une exposition intitulée « Opportunité manquée », qui présentait l’Euromaïdan comme une révolution sociale avortée et critiquait les politiques nationalistes et anticommunistes du gouvernement post-révolutionnaire. Il rejettait alors avec force aussi bien les nationalistes ukrainiens que la dictature russe poutinienne.
Slava novapossia (vive la nov’russie), slava Ukraini (vive l’Ukraine), vlast russkiim (pouvoir aux russes), vladu ukraintsiam (le pouvoir aux ukrainiens)
Ce qu’ils veulent (vive l’Ukraine, vive la Nation, l’Ukraine aux ukrainiens, l’Ukraine c’est l’Europe, le pouvoir aux patriotes, le pouvoir au peuple, pour la nation sans corruption, …)
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Ce que nous voulons (révolution sociale plutôt que nationale ; bienvenue aux réfugiés ; Tout, pour tout le monde, ici et maintenant ; retrouve toi dans la lutte de classe ; contre la morale de l’église ; pour l’égalité des sexes ; l’humain avant tout ; égalité liberté anarchisme ; tous différents, tous égaux ; le pouvoir à personne, sans autorité pour tous ; contre le patriarcat, contre le capitalisme, contre le nationalisme ; ni dieu, ni seigneur, ni nations, ni frontières ; pour un transport : écologique, sûr, gratuit ; pour la médecine et l’éducation : gratuits, accessibles au public et autogérés; Mettons fin à l’arbitraire du ministère de l’Intérieur et du Service de sécurité d’Ukraine ; Nous luttons localement sur le lieu de travail ; liberté de réunion pacifique; L’État est l’ennemi de l’homme, l’ennemi du pays.
соціальна революція заміцтс національної , вітаймо біженців, усе, усім, тут і зараз; знайди себе в класовій війни ; проти церковної моралі ; за гендерну рівність ; людина понад усе ; рівність свобода анархізм ; вці різні, всі рівні; владу нікому безвладдя усім; проти патраіархату, проти капіталізму , проти націоналізму ; ні бога ні пана ні націй ні кордонів ; за транспорт : екологічний, безпечний, безкоштовний ; за медицину і освіту : безкоштовний , загальнодоступні і самовріадні ; зупинимо свавілля МВС і СБУ; борімося локально на робочих місцях; свободу мирним зібранням ; держава – ворог людини, ворог країні)

Les enfants victimes de l’endoctrinement idéologique militariste nationaliste
L’exposition fut la cible d’attaques de la part de militants d’extrême droite, qui accusèrent Chichkan de « séparatisme » et de sympathies pro-russes. Les agresseurs détruisirent les œuvres de Chichkan et taguèrent les murs ; les images de l’attaque, filmées par une caméra de surveillance, furent largement diffusées dans les médias ukrainiens.
Le travail artistique de Chichkan s’étendait à l’aquarelle, aux affiches, aux installations, au street art, à la performance et aux œuvres textuelles, employant souvent un langage visuel audacieux et anti-élitiste, rappelant les affiches politiques destinées au grand public.
Son imagerie mêlait des motifs folkloriques ukrainiens, tels que la broderie et les costumes traditionnels, à une géométrie moderniste.
Dès le début le début de l’invasion de l’Ukraine, il abandonna ses principes anti-étatiques et anti-nationaliste, pour participer à l’Unité nationale derrière l’armée ukrainienne. il contribua à apporter sa notoriété et ses talents artistiques au projet d’Union sacrée du gouvernement et contribua à forger idéologiquement le nouveau récit national ukrainien en faisant de Makhno, l’insurgé anarchiste des années 1920, un héros nationaliste ukrainien se battant sous le drapeau jaune et bleu, ce qu’il n’avait jamais été lui dont l’étendard était exclusivement noir.
En 2024, Chichkan a rejoint les Forces armées ukrainiennes comme artilleur de mortier, se disant motivé par ses idéaux antifascistes et anti-impérialistes. Ironiquement, il rejoignait les rangs de ceux qu’il n’avait eu cesse de dénoncer, et qui avaient saccagés son exposition en 2017 … Le 9 août 2025, Chichkan fut mortellement blessé en repoussant une offensive de l’infanterie russe dans l’oblast de Zaporijia ; il décéda le 10 août, laissant derrière lui sa femme et son jeune fils.
Son dernier message sur Facebook, publié une semaine avant sa mort, était un appel à ses supporter étrangers pour qu’ils s’engagent dans le « bataillon anti-autoritaire de l’armée ukrainienne » , avec le commentaire « ne vous retenez pas ».
Lors de ses funérailles, le chef du Corps des volontaires russes, le militant néo-nazi Denis Kapustin (alias Denis Nikitine ou White Rex) qui y assistait, s’en prit à Viktor Pylypenko, un militaire ouvertement homosexuel qui assistait à la cérémonie avec un drapeau arc-en-ciel, et l’agressa. (source : https://taz.de/Homosexualitaet-in-der-ukrainischen-Armee/!6110083/)
Source: Olga Taratuta
