Critique des projets autoritairesNous soutenons que le pain et la liberté sont des concepts fondamentalement matériels et politiques, et que c’est en définitive la crise économique et l’absence de libertés politiques qui poussent les populations vulnérables et marginalisées à lutter. Cependant, conscients que le mouvement « Pain et Liberté » ne peut atteindre l’horizon de la libération sans affronter les dangers internes et externes qui le menacent, nous rédigeons ce texte. Nous affirmons que tout mouvement visant à se libérer de l’état actuel et à garantir l’accès universel au pain et à la liberté doit également être antifasciste et antiautoritaire.

Le mouvement « Pain et Liberté » ne peut progresser qu’en liant la pauvreté et le manque de liberté aux structures du pouvoir – et non aux marionnettes des puissances mondiales. L’accès au pain et à la liberté ne deviennent une revendication politique et émancipatrice significative que lorsqu’elle dépasse la simple volonté de remplacer les gouvernements ou les dirigeants, et cherche plutôt à abolir la domination et à démanteler les hiérarchies à la racine. Le pain et la liberté sont des revendications indissociables. La séparation entre ces deux notions reproduit inévitablement l’autorité et la société de classes, que ce soit par le pain sans la liberté ou la liberté sans le pain.

Il est essentiel de souligner le risque que le mouvement « Pain et Liberté » soit récupéré par des forces d’opposition autoritaires et des projets monarchistes. Outre la répression d’État, nous assistons actuellement à une autre menace sérieuse pour le mouvement : la récupération politique. Le projet monarchiste centré sur Reza Pahlavi en est un exemple flagrant. Fort de revendications de légitimité personnelle et du soutien de médias persanophones proches des gouvernements occidentaux, ce projet cherche à détourner les revendications de pain et de liberté vers un nouveau projet autoritaire et à substituer les objectifs du mouvement.

Il est évident que, dans tout système politique impliquant Reza Pahlavi, le pain n’est plus qu’une promesse et la liberté se réduit à un slogan ancré dans des rapports capitalistes – un système qui ne garantit ni le pain pour tous ni l’abolition des hiérarchies.

Une analyse antifasciste démontre que, sans garanties universelles de pain et de liberté, on assiste à un simple transfert de pouvoir, où une forme d’autorité est remplacée par une autre. Dès lors, le soutien des États occidentaux à leurs alternatives privilégiées doit être compris à l’aune des intérêts géopolitiques et de l’ordre mondial néolibéral. Il ne fait aucun doute que les revendications de pain et de liberté contredisent frontalement la logique capitaliste ; c’est pourquoi le mouvement actuel, enraciné dans ces revendications, doit être soit neutralisé par le pouvoir en place, soit récupéré par les forces impérialistes. Car la revendication conjointe de pain et de liberté est intrinsèquement anti-hiérarchique et anti-dominante. La plus grande menace aujourd’hui n’est donc pas seulement la répression, mais aussi la possible réorientation du mouvement vers un nouvel ordre autoritaire, sous un nouveau visage.

Actuellement, les manifestations, les grèves et l’occupation des lieux de travail et des usines constituent les premières formes d’action directe. Après la chute de la République islamique, il faudra instaurer une organisation horizontale, une autogestion collective et la prise de contrôle immédiate des centres de pouvoir et de production par les conseils populaires.

En conclusion, il est essentiel d’affirmer clairement que, d’un point de vue antifasciste, le risque de voir le mouvement populaire actuel pour le pain et la liberté récupéré par les États occidentaux est bien réel. Nous, forces engagées pour la liberté, la justice et l’égalité, nous opposons fermement à ces projets interventionnistes et autoritaires. Parallèlement, puisque le peuple est présent dans la rue pour renverser le régime, nous le soutenons sans réserve et défendons ses actions autonomes et libératrices susceptibles de mener à la révolution, sans aucune ingérence étatique.

Vive la liberté, la justice et l’égalité !

Une anarchiste iranienne


Source: CNT-AIT France

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