Cette vision prétend dénoncer « l’impérialisme » américain. En réalité, il recycle une vieille imposture politique : la défense d’un État autoritaire au nom de l’anti-impérialisme. Sous couvert de radicalité, il glisse vers une position profondément contre-révolutionnaire : le souverainisme.
Présenter Maduro avant tout comme une « victime » des États-Unis, c’est effacer volontairement la réalité matérielle vécue par les exploité·es du Venezuela. Répression des luttes sociales, criminalisation des grèves, militarisation des quartiers populaires, effondrement des conditions de vie : tout cela disparaît derrière une narration où l’État devient un rempart à défendre.
Le cœur du problème est là :
ce discours confond le prolétariat avec l’ État.
Critiquer une intervention étatique externe ne justifie en rien de blanchir un régime qui opprime sa propre population. L’oppression n’est pas seulement externe ; elle est aussi interne, bureaucratique, militaire, exercée par une bourgeoisie nationale sous couvert de « socialisme », qui n’a en réalité rien de socialiste.
Parler d’« enlèvement » d’un chef d’État, c’est adopter le langage de la diplomatie étatique, comme si l’enjeu central était l’atteinte à un dirigeant et non la domination globale exercée par tous les États, qu’ils soient hégémoniques ou périphériques. Seule une rupture totale avec le nationalisme et l’État permet une véritable émancipation
Ce type d’anti-impérialisme est daté, campiste et dangereux.
Il valorise le militarisme, engrenage du capitalisme et de la logique marchande de la vie comme de la destruction du vivant. Il aligne les luttes sur des blocs étatiques, choisit un maître contre un autre et appelle cela résistance. Or ni Washington ni Caracas ne sont des alliés. Les exploité·es n’ont rien à gagner à défendre un gouvernement sous prétexte qu’il est en conflit avec les États-Unis.
La notion même d’impérialisme et d’anti-impérialisme, telle qu’elle est mobilisée ici, est une vision chauvine issue directement du bolchevisme. Elle conduit systématiquement à la défense d’un État perçu comme victime d’un autre, alors qu’ils sont tous des outils au service de la bourgeoisie.
La souveraineté est une fiction étatique, toujours utilisée contre les travailleurs et la population.
Ce que ce discours refuse de dire, c’est que l’ennemi n’est pas seulement tel ou tel gouvernement dominant, mais la forme État elle-même.
La seule perspective émancipatrice au Venezuela, comme partout ailleurs, réside dans l’auto-organisation du prolétariat, dans la révolution sociale contre l’État national comme contre les dominations étatistes extérieures, par l’application du socialisme libertaire comme moyen de transformation societale.
Une position réellement révolutionnaire est claire et sans ambiguïté :
contre le campisme, contre le souverainisme, contre le nationalisme, contre tous les États.
Solidarité avec la lutte prolétarienne , pas avec les gouvernements.
Viva la révolution sociale.
