À regarder l’actualité, on ne peut que ressentir un profond sentiment d’impuissance. Comment changer les choses ? Quels moyens ? Internet, c’est, malgré les codes, les mots de passe…, un formidable instrument de contrôle. Jamais nous n’avons été autant exposés à la surveillance capitaliste, qu’elle soit politique ou marchande. Pire, en utilisant les fantastiques instruments de communication mis à notre disposition, nous contribuons à l’exploitation des personnes employées comme esclaves dans les mines qui fournissent les matériaux pour fabriquer ces outils. Pourtant, il est très difficile, voire impossible de s’en passer.

Certains voudraient, pour militer, pour se retrouver, plus de moyens, de locaux, parfois même des subventions, mais fournis par qui ? L’indépendance des moyens pour des révolutionnaires est cruciale. SI c’est l’État qui fournit les moyens, alors il nous tient en laisse, comme dans la fable du loup et du chien de Lafontaine.

Militer c’est donner de son temps, son temps que l’on soustrait aux loisirs, mais aussi parfois à nos enfants ou à nos proches, c’est se déplacer et tout le monde n’a pas les mêmes possibilités, assister à des réunions et débats, malgré la fatigue. De quoi se demander si les générations de contestataires, qui ont lutté avec tant d’acharnement, étaient des surhommes. Peut-être plus simplement perdaient-ils moins de temps à soigner leur image sur les réseaux dits sociaux, et s’occupaient plutôt de bâtir des réseaux humains de proche en proche… Et voilà que ces conquêtes nous sont reprises sauvagement.

Bon, Kropotkine écrivant au XIXe siècle à propos de la Révolution française, prétend qu’une période avec beaucoup de mécontentement et de mouvements de contestation est une période prérévolutionnaire, pourvu que le déclic se fasse (c’est ça le hic). Il dit que dans les 100 années qui ont précédé la révolution de 1789, il y eut au minimum 300 émeutes à travers le pays où foisonnait pamphlets, affiches, chansons, libelles et ce foisonnement a participé au développement d’une conscience de classe ; les exploités ont ainsi pris conscience de leur force L’exaspération poussant aux émeutes, à la révolte, puis à la révolution (si affinité), la désagrégation a gagné le gouvernement, les classes dirigeantes et les privilégiés.

Certains d’entre eux iront jusqu’à se déclarer prêts à renoncer à leurs privilèges afin d’apaiser l’esprit de révolte. La cohésion entre le gouvernement et les privilégiés s’est rompue. Le peuple n’accepte plus les concessions Les affirmations des partis n’ayant pas été suivies par des actes, elles n’ont pas ruisselé dans le peuple. Nous savons tous POURQUOI les révolutions éclatent, mais ce n’est que par instinct et par tâtonnements que nous parvenons à deviner COMMENT les révolutions ont germé (c’est pourtant essentiel). Si nous le savions, nous pourrions voir comment on désorganise un gouvernement, comment s’éparpillent ses forces, comment on relève le moral d’une population, affaissée et déprimée par la misère et l’oppression. Pour comprendre comment lutter, il est très important de connaître les périodes qui précèdent les révolutions du passé.

Toujours selon P Kropotkine l’action ne doit pas se borner à attaquer le gouvernement, mais aussi les institutions économiques et les intérêts des privilégiés. Depuis 1788, la vague de révolte montait toujours en 1789, en s’attaquant à la propriété, elle désorganisait l’État, rendait tout gouvernement impossible.
Évidemment, la prochaine révolution ne devra pas être récupérée par les bourgeois, c’est pourquoi l’idée d’une organisation anarchiste doit faire encore son chemin.


Source: CNT-AIT France

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