Traduction d’un article du groupe anarchiste Assembleia de Kharkov paru en anglais sur le site LibCom


Remerciements particuliers à nos compagnons français de l’Initiative Olga Taratuta pour l’appui qui a permis la préparation de ce matériel.

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L’effondrement rapide de l’armée de Bachar al-Assad en Syrie, entre le 27 novembre et le 8 décembre, a suscité une grande attention en Ukraine. Pour beaucoup dans le pays, c’est devenu l’événement principal de la fin 2024. Une situation paradoxale s’est créée : la propagande officielle ukrainienne vante les succès des forces pro-OTAN et pro-turques contre Assad comme une brillante victoire sur la Russie, tandis que dans le même temps, le dictateur ukrainien soutenu par l’OTAN lui-même risque de plus en plus de répéter le sort d’Assad.

Dans les derniers jours de novembre, les médias anglophones du monde entier ont confirmé ce qu’Assembleia avait rapporté tout au long de l’automne. ABC News, citant  » un parlementaire connaissant les affaires militaires « , a écrit qu’il pourrait y avoir jusqu’à 200 000 déserteurs en Ukraine et que  » c’est un nombre incroyablement élevé à tous égards, car on estime que 300 000 soldats ukrainiens étaient engagés dans les combats avant le début de la mobilisation « . Ils ont également reconnu que la désertion était l’une des principales raisons de la chute d’Ugledar. Le Financial Times a ajouté que certains de ceux qui ont abandonné la 123e Brigade de défense territoriale en raison de leur réticence à défendre Ugledar sont déjà retournés au front, tandis que d’autres se cachent et que certains ont été arrêtés. Le même article rapporte également, citant un représentant anonyme des services de sécurité polonais, qu’en moyenne 12 soldats ukrainiens désertent chaque mois des terrains d’entraînement en Pologne. Cela aussi a été révélée par nous plus tôt.

En novembre 2024, 18 984 nouvelles procédures pénales ont été enregistrées en vertu des articles 407 et 408 du Code pénal ukrainien ( départ non autorisé d’une unité et désertion ), selon le Bureau du Procureur général d’Ukraine. C’est presque le double du nombre enregistré en octobre 2024, lorsque 9487 affaires pénales ont été enregistrées en vertu de ces articles. En décembre 2024, 17 593 nouvelles procédures pénales ont été enregistrées en vertu de ces articles.

En janvier 2024, il n’y avait eu que 3448 procédures pénales. Et au total, de février 2022 au 1er décembre 2022, 114 280 procédures pénales pour des cas de désertion et d’absence sans autorisation avaient déjà été enregistrées. Le journaliste pro-Trump basé à Kiev, Volodymyr Boiko, qui combat également dans la 241e Brigade de défense territoriale, a écrit à ce sujet le 7 décembre :

 » On peut déjà dire que l’armée ukrainienne est morte. De plus, si 19 000 rapports ( d’évasion ) ont été enregistrés en novembre 2024, cela ne signifie pas du tout que c’est le nombre de déserteurs. 19 000 est en fait le nombre maximum possible de déserteurs qui peuvent être enregistrés dans cette catégorie de délits [compte tenu de la longueur de la procédure administrative pour les faire reconnaitre officiellement]. Car dans chaque cas, le commandant de l’unité militaire doit d’abord ordonner une enquête officielle, examiner et approuver les résultats de l’enquête officielle, envoyer un rapport sur l’infraction pénale commise au Bureau d’enquête d’État ou au parquet de la défense spécialisé, et là, il doivent examiner le rapport et saisir le texte dans le registre. Les unités militaires ne disposent pas non plus d’un tel nombre de spécialistes qui pourraient mener des enquêtes officielles dans de telles proportions, et le parquet et le Bureau d’enquête d’État n’ont pas suffisamment d’employés pour inscrire des dizaines de milliers de rapports de désertion dans le registre « .

Dans ce contexte, la loi 4087-IX a été adoptée le 21 novembre et est entrée en vigueur le 29 novembre. Selon cette nouvelle loi, les SZChH (abréviation en ukrainien de  » militaires qui ont quitté leur unité sans autorisation « , SOCh en russe ) ou qui ont carrément déserté sont non seulement autorisés à retourner volontairement et à servir sans être sanctionnés pénalement, mais leur service militaire et leur contrat sont également maintenus. Pour cela, ils doivent être rentrés avant le 1er janvier 2025. Le Parlement a ensuite prolongé le délai de retour sans responsabilité pénale jusqu’au 1er mars 2025.  apparemment, il n’y a pas beaucoup de personnes qui veulent le faire.

Le mois dernier, une animatrice de la chaîne YouTube des femmes militaires ukrainiennes a  déclaré que dans la direction de Koupiansk, dans la région de Kharkov, presque toute la deuxième compagnie du 152e bataillon de la 11e brigade de défense territoriale « ont rejoint le SZCh » [selon la terminologie officielle, qui préfère utiliser un langage administratif à base d’abréviations plutôt que d’utilliser le terme plus direct de désertion …] à cause de leur  » commandant boucher « . Le correspondant de guerre ukrainien Iouri Boutousov a rapporté le scandale de la 155e brigade mécanisée  » Anna de Kiev « , qui a été formée en France et envoyée à Pokrovsk. Plusieurs milliers de personnes avaient été forcées de monter dans des bus pour la conscription y ont été recrutées, mais plus d’un millier d’entre elles  » sont rentrées chez elles immédiatement après leur arrivée « . Dans un message du 31 décembre, il a expliqué qu’avant même que la brigade n’ait tiré son premier coup de feu, 1700 militaires sont partis sans autorisation. Après cela, le Bureau d’enquête d’État a commencé à travailler sur cette question. Selon les mots de Boutousov, la 155e brigade est partie en formation en France en octobre. À cette époque, l’unité comptait déjà 935 personnes en SZCh. Plus de 50 militaires ont ensuite fui en France. Plus de 900 millions d’euros ont été dépensés pour cette formation scandaleuse. Ce que l’on sait moins, c’est que le 8 janvier, le Bureau d’enquête d’État a arrêté un lieutenant superieur de cette brigade, qui était lui-même parti en SZCh et avait incité ses subordonnés à le faire. Il a été emmené de la région de Rivne à Kiev et placé en détention sans caution.  » Un collègue de travail est arrivé, il avait été forcé de monter dans un bus. Il avait été mobilisé au printemps, il avait quitté le front de Zaporojie. Il dit que lorsqu’ils ont commencé à être mis en morceau, ils ont décidé de rentrer chez eux. Toute la compagnie est partie au SZCh avec leur commandant. A quoi bon s’ils sont pris ? Peu importe. Maintenant, il est chez lui. En vie « , a écrit quelqu’un le 18 décembre dans le chat local de Kharkov, « Nord Saltovka ».

Le 25 novembre, certains des mécanismes utilisés pour lutter contre la fuite des recrues ont été décrits dans le groupe public Telegram UFM pour l’entraide pour traverser la frontière en dehors des points de contrôle :

 » Le principal problème des camps d’entraînement, c’est que tout le monde s’observe, car dans les formations, on vous dit immédiatement que le SZCh est mauvais et que pour un SZCh raté, vous serez battu très fort. Et on parle immédiatement de responsabilité collective- si quelqu’un quitte votre tente, alors ils poursuivront cruellement tous ceux qui se trouvent dans la même tente. Le peloton voisin a été pourchassé toute la nuit quand l’un de ses soldats est parti. Là, ils ont été entassés dans un abri, comme s’il s’agissait d’une alarme [anti-aérienne], réveillés avec des grenades d’entraînement, des pompes avec toute la compagnie en tenue complète, bref, ils ridiculiserons de tout le monde au maximum, pour que tout le monde sache que si votre compagnon d’armes sort, vous allez vivre l’enfer. Allongez-vous sur le ventre pendant une heure dans la boue et ainsi de suite. Cela est fait pour que si vous voyez soudainement que votre compagnon a décidé de partir, vous couriez immédiatement le dénoncer, etc, pour que votre vie ne se transforme pas en enfer.  » C’est pourquoi tout le monde est content de dénoncer les autres. Et ce même s’il s’agit d’une patrouille  composée de personnes kidnappées [dans la rue pour rejoindre le front], et surtout ( si elle est composée  ) de ces personnes, car  si elle laisse partir quelqu’un, la patrouille devra tourner en rond pendant 24 heures avec tout son équipement, sans  dormir, sans manger normalement et devra courir et sauter avec plus de 20 kilos d’équipements sur le corps. Donc, si vous partez en SZCh, personne ne doit le savoir, personne ne doit vous voir. Même ceux qui sont là dans la forêt pour une raison ou une autre, dans le cadre d’une mission stupide. Et toutes ces histoires selon lesquelles il n’y a pas de clôtures là-bas, que quelqu’un est simplement parti- c’est du pipeau. Si vous avez décidé de partir, votre principal ennemi est votre voisin de tente « .

Cependant, un déserteur de la région de Kiev,  qui a souhaité garder l’anonymat, a une expérience légèrement différente à ce sujet :

 » Bien sûr, il y a une part de vérité dans tout cela. Mais tout n’est pas si sombre. Aujourd’hui, les camps d’entraînement sont occupés à presque 100% par des mobilisés de force. Les compagnies d’entraînement sont légèrement diluées avec des idiots idéologiques et zélés et même des femmes. Les 99% restants sont des SZCh potentiels. Et tout le monde le sait très bien. Et c’est déjà une base de solidarité de base. Dans ma compagnie au terrain d’entraînement de Yavoriv, lorsqu’un autre soldat a disparu, beaucoup lui ont souhaité bonne chance à haute voix. Et cela se produisait presque tous les jours. Naturellement, nous étions harcelés lorsque nous devions courir vers les abris, lorsque nos rations étaient confisquées et tout ce genre de choses. Mais comme quelqu’un fuyait tous les jours, je ne sais tout simplement pas ce qui serait arrivé si personne n’avait fui. J’ai été cueilli [de force dans la rue pour aller à l’armée] le 17 juin. J’ai fui le 30 juin. Et je suis parti en Roumanie le 25 septembre. On a commencé à me chercher quelque part en novembre. Je n’étais pas au front. Dieu merci, j’ai réussi à m’échapper avant de prêter serment. Si vous êtes un SZCh et que vous êtes arrêté une deuxième fois, vous serez probablement libéré avec un engagement écrit de retourner dans votre unité. C’est ce que m’ont dit les gars qui ont été arrêtés une deuxième fois. Je n’ai pas quitté le pays tout de suite. Je suis rentré chez moi à Brovary. Je me suis préparé pendant trois mois, puis je suis parti en Roumanie. Qui sait si j’étais recherché ou non ? Je n’habitais pas à mon adresse. Maintenant, je suis définitivement recherché, les flics appellent mes proches « .

Un « SZCh » attrapé à Chernivtsi, Automne 2024

Les personnes qui se sont fait « busifiés » [emmené de force au centre d’entraînement militaire dans des bus]  à Kharkov ne sont généralement pas envoyées à l’ouest du pays, mais dans région de Dniepropetrovsk, à l’est. Ce témoignage du 29 novembre nous donne une idée de ce qui les attend là-bas :

 » Avant-hier, un camarade a été embarqué ( dans la rue ), hier il était déjà en formation, à Dnipro, à 120 km du front. Le convoi a été considérablement renforcé, il est impossible de s’enfuir, comme dans un camp de concentration. Un jeune pasteur [protestant] a été battu, parce qu’il avait refusé de s’enrôler… La mobilisation des prêtres, comme on le voit, est plus importante que la mobilisation de la police [qui nous réprime]. C’est ce qui se passe maintenant… Et ceux qui refusent de faire quoi que ce soit sont envoyés au point Zéro ( à la pointe du front ). Une compagnie d’avatars ( soldats ivres ). Ils disparaissent sans laisser de traces… Sans papiers, sans inscription. Ils ont été simplement kidnappés et pour servir de chair à canon. Brutalement. La police prend les téléphones, les papiers, ils se fichent complètement de ce que savoir si vous voulez y aller ou pas. Si vous n’êtes pas député, ils se fichent complètement de ce que vous voulez. Il y avait un type, un pasteur, ils l’ont battu, cassé… Ils l’ont emmené au point zéro […]  »

Si cela est vrai, cela signifie que les troupes ukrainiennes utilisent la même méthode de « l’envoi au point zéro  » pour se débarrasser des indésirables comme c’est le cas pour les unités russes sur le front de l’Est. (cf. https://assembly.org.ua/chto-trump-gryaduschij-nam-gotovit-raspad-armii-i-fronta-miting-v-italii/) Dans le même temps, une autre source nous a dit dans les derniers jours de l’automne qu’il y a deux ou trois semaines, 50 personnes ont été amenées à Dniepr mais que 37 d’entre elles avaient réussi à prendre la fuite.

Les plus chanceux parviennent à s’échapper avant de se retrouver dans les installations [d’entrainement militaire].  » Cette semaine, mes ouvriers allaient travailler, [la police les a arrêté et] les a emmenés tous les cinq. Alors qu’ils les emmenaient au camp d’entraînement, la camionnette est tombée en panne près de Kharkov. Il y avait 11 hommes (arrêtés en tout dans la camionnette], et les deux flics avaient des fusils automatiques. Les hommes ont dit :  » Soit vous nous laissez partir, soit nous vous tuons, nous sommes plus nombreux « . Ils nous ont laissé partir. Maintenant, tout le monde est à Kharkov, ils viennent d’arriver », nous a écrit le 22 décembre un propriétaire d’une entreprise de logements à Kharkov. Le 4 janvier, dans le centre d’enrôlement unifié central de Zaporozhye, 7 ou 8 hommes kidnappés ont barricadé l’entrée avec des lits et d’autres objets dans la pièce, et ont commencé à appeler à l’aide depuis le seul téléphone restant, exigeant le respect des droits de l’homme et une  » solution légale  » à ce problème. Des gaz lacrymogènes ont été utilisés en réponse. L’un des prisonniers, qui souffrait d’épilepsie, a commencé à avoir une crise. D’après d’autres assiégés, il aurait été emmené quelque part par les gardes alors qu’il était mourant et on ne sait rien de son sort. La scène – qui a été filmée (https://t.me/telelug/31145) – montre comment d’autres personnes ont également commencé à s’étouffer et à demander de l’aide. L’émeute a été réprimée et les barricades ont été démantelées le même jour. Aucune violation du processus de mobilisation n’a été constatée par les autorités. Comme le chef de l’État l’a déclaré il y a un an, en Ukraine, on ne peut pas simplement respirer de l’air car nous sommes en guerre !

Le matin du 13 janvier, la disparition du commandant de la première compagnie avec le grade de capitaine a été constatée dans le 3e bataillon mécanisée de la 143e brigade d’infanterie près de Koupiansk. L’officier mobilisé a laissé son arme, a pris ses effets personnels et sa voiture personnelle.
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Le 14 décembre, le blogueur Volodymyr Boiko (cf. ci-dessus) a publié :

 » Des kilomètres de tranchées ont été creusées près de Kourakhove ( une ville de la région orientale de Donetsk ). J’ai récemment parlé avec le commandant adjoint d’un des bataillons dans cette direction- il dit qu’un char russe a pénétré par erreur dans nos positions, a roulé pendant 10 minutes jusqu’à ce qu’il se rende compte qu’il s’était égaré, puis a fait demi-tour. Pas un seul coup de feu n’a été tiré sur le char, car il n’y avait personne sur les positions. Une compagnie d’infanterie de la région de Kherson a été transférée à ce bataillon en renfort- donc sur 90 personnes, trois ont atteint Kourakhove, les autres ont fui en chemin. Et c’est la situation partout. Et que se passe-t-il dans les centres d’entraînement ? Prenons par exemple l’unité militaire A 1363- un centre d’entraînement situé dans le district de Samarivsky ( anciennement Novomoskovsky ) de la région de Dnipropetrovsk. Récemment, 70 recrues y sont  » montés à ski  » en une journée.  » Avant cela, le 10 novembre 2024, quatre personnes se sont évadées, dont un parent que je connais. Le fugitif dit qu’il n’y a pas d’entrainement militaire, que pendant les trois semaines de séjour dans l’unité d’entraînement, les recrues se sont contentées de creuser des toilettes et de faire quelques tâches ménagères, et que la principale raison de l’évasion était le  » bizutage  » et les brimades envers les nouveaux arrivants. Par conséquent, le 3 novembre, quatre personnes se sont également évadées et en un mois seulement, 30 militaires ont déserté… En analysant les statistiques des crimes de guerre en février-avril 2024, j’avais prédit qu’à la fin de l’été, le front commencerait à s’effondrer et qu’au printemps 2025, l’armée se disperserait tout simplement « .

Les révoltes individuelles contre l’État et la guerre sont aussi devenues plus fréquentes après le déclin initial de l’automne. En novembre, nous avons enregistré au moins quatre cas rien qu’a Kharkov (https://assembly.org.ua/ataki-na-tczk-i-ne-tolko-individualnye-bunty-protiv-gosudarstva-vozvrashchay…) . En particulier, un homme de 39 ans, après avoir fui l’armée il y a un an et demi, a confronté avec des armes les policiers qui sont venus chez lui en réponse à sa menace de tuer un policier de patrouille. Il avait un fusil automatique, un pistolet et des grenades. Finalement, il a été arrêté sans avoir tiré. Le 27 novembre, dans le village de Trostyanets, dans la région de Vinnytsia, un homme de 57 ans s’est présenté au centre d’enrôlement en réponse à une convocation et a poignardé un sergent de l’établissement de 53 ans à la clavicule droite, l’envoyant aux soins intensifs avec des lésions artérielles.  » Parce qu’il voulait m’envoyer à la guerre « , a expliqué l’homme. Dans la nuit du 28 décembre, trois véhicules des gardes-frontieres ont été incendiés dans la ville frontalière de Transcarpatie de Chop : une Mazda, une Peugeot et une KIA (https://t.me/voiceofanarchists/1326). Un habitant de 22 ans, après avoir été arrêté par la police, a expliqué son acte lors de l’interrogatoire en pointant ses  » relations hostiles  » avec les propriétaires des véhicules.

Le 13 janvier, vers 20 heures, dans l’avenue Poltava, une des rues principales de Kharkov, des gens ont bloqué la route du  » bus de l’invincibilité  » du centre d’enrôlement du district. Deux hommes et une femme sont sortis de voitures civiles, l’un d’eux avait un pistolet d’alarme. Après avoir brisé la vitre de la camionnette avec le pistolet, ils se sont battus avec les flics. Les flics ont arrêté le propriétaire du pistolet et ont saisi sa voiture. Il s’agirait d’un entrepreneur de 49 ans venus sauver son neveu. Il a été inculpé en vertu de la partie 1 de l’article 114-1 du Code pénal ( entrave aux activités légales des forces armées ) et de la partie 4 de l’article 296 du Code pénal ( hooliganisme avec circonstances particulièrement aggravantes ). Un autre accusé est recherché. Le neveu kidnappé travaillait comme chauffeur et est déjà mobilisé. Il est témoin dans l’affaire.
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Images de la police de l’incident de la rue Poltava de Kharkov

Le 25 novembre, un garde-frontière de la région de Khmelnitski a été condamné à 12 ans de prison pour le meurtre prémédité de son supérieur immédiat ( le chef du groupe de communication ). Le sergent subalterne de 36  ans, qui a servi comme technicien-chauffeur et a été mobilisé auprès du Service national des frontières en août 2023, est entré dans le bâtiment de service avec une arme le 6 février de l’année dernière et a rencontré le commandant, avec lequel il entretenait une relation hostile. Après cela, il l’a accompagné vers la cantine et lui a tiré une balle dans le ventre avec une kalashnikov AK-74. Le colonel est mort sur le coup. Lors du procès, l’accusé a affirmé qu’il avait tué le colonel parce que ce dernier l’avait battu auparavant ainsi qu’un autre collègue, qu’il avait des pensées obsessionnelles en raison du conflit et qu’il avait tiré dans un état de passion. Un examen psychiatrique médico-légal a réfuté cette affirmation, ne révélant aucun signe de troubles mentaux graves. Des témoins ont également confirmé que l’accusé était calme et équilibré ce jour-la.

Bien sûr, il y a un certain nombre de nouvelles  similaires de l’autre côté de la ligne de front (https://assembly.org.ua/chto-trump-gryaduschij-nam-gotovit-raspad-armii-i-fronta-miting-v-italii/). Ainsi, le 29 octobre, des criminels recrutés au front depuis un centre de détention provisoire et qui se sont échappés de leurs unités ont tuer un représentant des autorités de la région de Leningrad. Comme l’a écrit le site local 47news le lendemain, il s’agissait d’Aleksandr Igumenov, 30 ans, Mark Frolov, 30 ans, et Vladimir Nikin, 37 ans.  » Le commandant du groupe de recherche et d’enquête du ministère de la Défense a déjà décrit les circonstances dans un rapport : ils se sont déplacés vers la maison du village de Yanino dans le district de Vsevolozhsk [pensant y arrêter Igumenov] . Les officiers ont soigneusement vérifié les lieux de l’opération et ont commencé à l’attendre près de la maison. Lorsqu’il est apparu, l’officier et ses subordonnés ont bondi, mais il s’est avéré qu’Igumenov n’était pas seul. Il y en avait d’autres avec lui. Igumenov a saisi un pistolet,  a mis le canon sur le front de l’officier et a exposé clairement les perspectives de son service : soit ils partent et le laissent partir, soit le ministère de la Défense perdra plusieurs sous-officiers et un officier. Comme il est indiqué dans les documents,  » afin d’éviter des pertes parmi les civils « , l’équipe de recherche a accepté la demande et s’est retirée. Ou plutôt, elle a fait semblant de se retirer, en appelant des renforts de police. Les employés du ministère de la Défense eux-mêmes se tenaient autour de la maison au cas où le trio commencerait à sauter par les fenêtres, par exemple. L’assaut des forces spéciales s’est déroulé comme d’habitude. Ils ont enfoncé la porte, et ont plaqué tout le monde au sol. Tous les trois étaient sous l’emprise de drogues. Aujourd’hui, les interrogatoires ont commencé avec tout le monde au sein du Comité d’enquête militaire, exclusivement dans le cadre de l’article 338 du Code pénal  » Désertion « . Chacun d’eux a déjà plusieurs condamnations, principalement pour vol.

Le 25 octobre, près du village de Kremyanoye, dans la région de Koursk, Dmitry Slepnyov, commandant adjoint du 2e bataillon de fusiliers motorisés de la 810 brigade de marines ( unité militaire 13 140 à Sébastopol ), aurait été tué par son soldat. Au cours d’une réunion de service au poste d’observation, le capitaine s’est disputé verbalement avec le soldat Alexander Ryabov. Ce dernier a tiré trois fois dans la tête de l’officier avec un AK-74. Cette information a été publiée par des sources ukrainiennes, aucune confirmation n’a été donnée du côté russe.

Le 12 novembre au soir, dix militaires sous contrat se sont évadés de l’unité 57 849 de la colonie de travail de Kochenyovo près de Novossibirsk, sans armes. Selon le site local NGS,  » environ 30 personnes de tout le district militaire central, qui avaient auparavant quitté arbitrairement des unités militaires pour diverses raisons non liées au service, y ont été affectées « . La plupart étaient originaires du territoire de Krasnodar. Les soldats ont saccagé les locaux de l’unité (https://t.me/voiceofanarchists/1151) en criant  » Regardez, il y a une émeute ici  » et ont filmé la scène, ont quitté le village en taxi et ont ensuite tous été arrêtés. Il semble qu’avant la révolte, certains des évadés auraient exigé des soins médicaux, et la raison de l’émeute était qu’ils ne voulaient pas être renvoyés au front. Selon les informations des chaînes Telegram, au 15 novembre, plus d’une centaine de détenteurs du statut SOCh de cette unité ont néanmoins été évacués par avion vers Rostov-sur-le-Don.

Dans la nuit du 20 décembre, cinq militaires sont morts et sept ont été hospitalisés pour inhalation de fumée à la suite d’un incendie au centre de détention de Vilyuisk Lane à Iakoutsk. Dans cet établissement, les soldats qui ont déserté étaient détenus dans des conditions de torture. Selon les services d’urgence et les autorités russes, les prisonniers ont eux-mêmes mis le feu au bâtiment en essayant de s’échapper. Au total, il y avait plusieurs dizaines de détenus. Au printemps 2024, des plaintes ont été déposées concernant les conditions de détention. Lors de l’inspection du parquet militaire de la garnison de Iakoutsk, de nombreuses violations de la législation fédérale ont été révélées et les ordres ont été donnés à la direction pour éliminer ces violations.

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Centre de détention militaire incendié à Iakoutsk

Le 15 janvier, Andrei B., 31 ans, originaire de la République de Kalmoukie, a volé la nuit précédente une voiture garée dans la rue Rokossovsky à Volgograd. Le propriétaire de la voiture avait laissé les clés sur le contact. Les réseaux sociaux indiquent qu’avant de partir, il se trouvait dans un point de rassemblement pour les soldats qui ont quitté leurs unités sans autorisation et qu’il essayait probablement de s’enfuir. À 500 mètres du lieu de l’incident se trouve le bureau du commandant militaire de la garnison de Volgograd. Le militaire a ensuite été arrêté et remis à la police militaire. La voiture a été remise a ses propriétaires en bon état, rien n’y a été volé.

D’une manière ou d’une autre, en novembre 2024, les troupes russes ont conquis 4,7 fois plus de territoire que pendant toute l’année 2023. Au cours des quatre premiers jours de 2025, elles ont déjà pris huit villages au sud de  Pokrovsk, et il ne reste que quelques kilomètres jusqu’à la frontière de la région de Dniepropetrovsk, où il n’y a pas encore eu d’hostilités et où les fortifications sont minimes. Malgré une situation aussi critique, on ne constate pas de regain patriotique visible au sein de la population ukrainienne. Trop de travailleurs ne voient plus de différence fondamentale dans la manière dont ils sont pillés.

Pour ceux qui parlent couramment l’ukrainien, nous recommandons également notre récente publication de magnifiques poèmes révolutionnaires sur l’histoire de Kharkov. https://assembly.org.ua/dni-v-istori%D1%97-uhilyantska-romantika-revolyucziyna-klasika-i-suchasnist/

Ceux qui lisent le russe pourraient également être intéressés par l’analyse de l’Assemblée concernant l’implication des services spéciaux dans de nombreux incendies criminels contre des véhicules militaires et des bâtiments administratifs dans notre ville et en général en Ukraine.
https://assembly.org.ua/ne-popast-na-provokacziyu-silovikov-razberem-podzhogi-i-terakty-v-ukraine/

Traduction Initiative CNT-AIT Aveyron


Alors que les missiles tombent sur l’Ukraine pour détruire les infrastructures énergétiques, n’oublions pas les anarchistes antiguerre d’Ukraine !

Alors que les missiles tombent sur l’Ukraine pour détruire les infrastructures énergétiques, n’oublions pas les anarchistes antiguerre d’Ukraine !

Chaque jour, des pluies de missiles s’abattent sur le territoire Ukrainien. L’armée russe vise particulièrement les infrastructures énergétiques, pour paralyser l’activité du pays. Se chauffer devient critique, alors que l’hiver est particulièrement rigoureux dans cette région.

Les anarchistes anti-guerre de Assembleia, de la ville de Kharkov se maintiennent dans ces conditions dantesques, en luttant pour leur vie menacée de toute part, aussi bien de l’extérieur du pays que de l’intérieur.

Grâce aux généreuses donatrices et donateurs, l’Initiative de solidarité Olga Taratuta a pu leur envoyer les deux années précédentes 2000 euros, pour les aider à mettre en place des systèmes de chauffage communautaire.

Mais Assembleia a toujours besoin de soutien pour poursuivre ses activités dans ces conditions extrêmement difficiles.

Aussi nous lançons de nouveau un appel pour la campagne d’hiver de solidarité.

Paix aux chaumières, guerres aux palais

Initiative de solidarité « Olga Taratuta »

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A L’APPROCHE DE L’HIVER, AIDEZ LES ANARCHISTES EN UKRAINE A RESISTER A LA GUERRE ET AU FROID !

https://nowar.solidarite.online/blog/a-lapproche-de-lhiver-aidez-les-anarchistes-en-ukraine-a-resist…

Assembleia est un média anarchiste en ligne de Kharkov, en Ukraine (https://assembly.org.ua ). Depuis l’agression de l’armée de la Fédération de Russie, ces compagnons tiennent fermement la bannière anarchiste et internationaliste dans des circonstances dramatiques.

Sous les bombes de la Fédération de Russie, ils participent à des actions de solidarité populaire et de résistance civile, sans sombrer dans le soutien au gouvernement ukrainien. Au contraire, ils maintiennent une position critique envers l’État ukrainien et ses organes directeurs (du niveau présidentiel jusqu’au niveau local), exposant la corruption de l’administration par les profiteurs de guerre nationaux. Assembleia continue d’informer les travailleurs et de critiquer les patrons locaux qui profitent de la situation pour exploiter encore plus les travailleurs.

Assembleia maintient haut et fort les principes anarchistes, anti-étatiques et anti-militaristes, tandis que la plupart des individus et des groupes « anarchistes » en Ukraine ont jeté tous les principes par-dessus bord dès le début de l’invasion.

En raison de la destruction d’infrastructures essentielles par l’armée russe, le chauffage fera certainement défaut pour les compagnons, alors que l’hiver est habituellement particulièrement rude dans cette région du monde. Le problème énergétique, qui touche déjà beaucoup d’entre nous, s’y posera de manière encore plus dramatique. C’est pourquoi nous lançons un appel urgent à la solidarité avec les compagnons d’Assembleia pour les aider à l’approche de l’hiver :

– vous pouvez envoyer des chèques bancaires en Euros à l’ordre de CNT-AIT (mention « Solidarité Ukraine » au verso) à CNT-AIT, 7 rue ST Rémésy 31000 TOULOUSE

– vous pouvez enfin effectuer un virement bancaire (en Euro) sur le compte suivant (veuillez envoyer un email à contact@solidarité.online pour nous informer du virement bancaire) :

IBAN : FR81 2004 1010 1603 1175 7H03 7 45 BIC : PSSTFRPPTOU

Titulaire du compte : CNT-AIT

Banque : Banque Postale