Olga Taratuta.
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Illustration du site d’Assembleia :
Insoumis, déserteurs de diverses armées, paysans victimes des réquisitions constituaient la base sociale de la Troisième Révolution, qui faillit éclater dans le sud-est de l’Ukraine en 1920-1921. Illustration : L’anarcho-communisme à travers les mèmes [A.K.Ch.M., Анархо-коммунизм через мемы А.К.Ч.М. ]
Perroquet de l’armée rouge : гони зерно !!! вступай в красную армию !!! / donne nous tes graines, enrôle toi dans l’armée rouge !!!
Perroquet de l’armée blanche : гони зерно !!! вступай в белую армию !!! / donne nous tes graines, enrôle toi dans l’armée rouge !!!
Perrruche makhnoviste : они заберут твое зерно !!! иди к нам !!! Ils veulent te piquer tes graines !!! Vient avec nous !!!
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De Vinnytsia à Berlin : contre les ‘anarcho’-militaristes et leur propagande de guerre
une réponse aux critiques qui circulent contre la soirée de solidarité KONVULSISMO #2 en soutien au collectif ASSEMBLEIA, qui s’est tenue le 2 août 2025, à Berlin.
Le 2 août 2025, la soirée de solidarité Konvulsismo #2 a eu lieu dans la ville de Berlin pour soutenir le collectif Assembleia à Kharkov, en Ukraine. À la fois groupe politique et média, le collectif dénonce la conscription forcée. Il rend également compte des luttes sociales qui se déroulent dans le contexte de l’invasion et de l’occupation russes et de l’autoritarisme croissant de l’État ukrainien au nom de l’« unité nationale ».
Konvulsismo est un collectif festif qui se consacre à l’organisation de concerts de musique expérimentale/électronique pour soutenir les groupes anti-guerres du monde entier face à la remilitarisation croissante de l’Europe. Son premier événement a été un concert qui a permis de récolter des fonds pour New Profile, un réseau de soutien aux refuzniks , opposants à la guerre d’Israël qui refusent de servir dans l’armée, et qui a récemment été privé de financement par l’État allemand.
Des mois plus tard, Konvulsismo #2 est la cible d’une campagne de désinformation menée par le groupe Good Night Imperial Pride (lui-même lié au groupe Solidarity Collectives, qui collecte notamment des fonds pour envoyer des armes et du matériel tactique en Ukraine et soutenir logistiquement des soldats de l’armée ukranienne). Selon un texte qui a circulé sur les médias sociaux quelques jours avant la fête, Assembleia n’est qu’en apparence un collectif anarchiste et anti-guerre, pour eux il cacherait un agenda politique de collaboration avec les forces d’occupation russes. Cela a entraîné une série d’annulations, forçant Konvulsismo #2 à changer de lieu et une grande partie de sa programmation en quelques jours. Heureusement, la fête s’est déroulée sans problème, avec le soutien de compagnons et d’amis musiciens solidaires d’Assembleia, conformément à une position politique résolument antimilitariste et internationaliste.
Voici la réponse à cette campagne de menaces, d’intimidations et de calomnies à notre encontre :
- Les guerres font rage dans le monde. Celle qui oppose officiellement les États russe et ukrainien depuis trois ans (et dans le Donbass depuis 2014) sert désormais d’accélérateur au réarmement européen. Depuis la mobilisation générale de 1914, l’« union sacrée » a toujours été l’arme du pouvoir et des classes dirigeantes pour étouffer la révolte populaire et rallier les classes subalternes sous son drapeau contre une nation rivale. Nous, Konvulsismo, en tant qu’internationalistes et antimilitaristes, refusons de cautionner ce jeu de dupes macabre. De la même manière que nous avons soutenu les objecteurs israéliens par le passé, nous avons cette fois-ci collecté des fonds pour le collectif Assembleia, basé à Kharkov (Ukraine), une ressource importante pour les pratiques de désertion et pour ceux qui organisent la solidarité au jour le jour contre la conscription forcée. Dans l’abattoir de la guerre, nous sommes toujours du côté des déserteurs.
- Une campagne de désinformation ridicule et pleine de suppositions confuses a été menée contre Assembleia, accusant le groupe d’être pro-russe. Tous ceux qui ont suivi leurs activités politiques et leurs publications savent ce qu’il en est : ils ont constamment critiqué l’invasion russe. De plus, lorsque la guerre a éclaté, ils ont lancé une initiative pour soutenir les civils victimes des bombardements russes dans la région de Kharkov. Ce qu’ils refusent en revanche, conformément à leur position internationaliste, c’est de s’engager dans l’armée ukrainienne, de défendre l’État ukrainien et sa classe dirigeante, ou de soutenir la politique meurtrière de la machine militaire à l’encontre de sa propre population. Ce faisant, ils ont toujours encouragé et préconisé les désertions, les mutineries et les révoltes contre l’effort de guerre en Russie, au Belarus et dans les territoires occupés de l’est de l’Ukraine et de la Crimée.
- En ce qui concerne l’affirmation selon laquelle le véritable antimilitarisme se pratique les armes à la main et sur la ligne de front (une pure inversion orwellienne), fournissant à l’État un approvisionnement constant en chair à canon : déjà difficilement défendable au début du conflit, le soutien inconditionnel aux brigades se qualifiant d’anti-autoritaires, bien qu’elles soient depuis le début subordonnées à l’armée régulière ukrainienne, semble définitivement être une position en décalage avec la situation concrète. Contrairement aux opinions qui semblent faire consensus parmi une partie de la gauche ou des anarchistes en Allemagne, nous voulons également souligner que les anarchistes et, plus largement, les anti-autoritaires et les révolutionnaires en Ukraine, ne constituent pas un groupe homogène. En s’appuyant sur l’image des soi-disant brigades anti-autoritaires, Good Night Imperial Pride, Solidarity Collectives et d’autres groupes tentent de rendre invisibles les initiatives anti-guerres. Ce faisant, ils font le jeu de l’État ukrainien et présentent ces initiatives comme pro-russes, alors même qu’Assembleia et d’autres internationalistes soutiennent les déserteurs des deux côtés de la ligne de front.
- Alors que ces groupes prônent un « anarchisme » patriotique [voire national …), l’État pour lequel ils tuent et meurent fait la guerre à sa propre population. Dès le début du conflit, la prétendue unité nationale se forge sur la base de campagnes de conscription forcée. En effet, tant en Russie qu’en Ukraine, il est de plus en plus difficile de trouver des volontaires pour le massacre. La désertion est désormais un phénomène de masse : les classes laborieuses ukrainiennes et russes savent bien qu’elles n’ont rien à gagner dans cette guerre. Le soir même de la soirée de solidarité, malgré le couvre-feu, des centaines de manifestants ont rejoint un rassemblement dans la ville de Vinnytsia pour exiger la libération des hommes détenus par les bureaux d’enrôlement militaire. Les manifestants ont fait irruption dans un stade où les détenus étaient incarcérés pour s’être soustraits au service militaire et ont été accueillis par des gaz lacrymogènes et des arrestations. Assembleia est l’un des rares médias anarchistes à rendre compte des soulèvements, mutineries, révoltes et grèves qui ont eu lieu contre la conscription forcée, alors que l’État ukrainien s’efforce de convaincre sa population de participer à l’effort de guerre.
- Ce scénario macabre est le produit – mais aussi le moteur – d’une militarisation accélérée, notamment en Europe. Sur fond de crise profonde du capitalisme et d’escalade des conflits entre puissances rivales, l’industrie de la mort qu’est la guerre est le seul horizon que ce monde peut encore offrir. En Allemagne, cela se traduit non seulement par le débat sur la réintroduction du service militaire obligatoire, mais surtout par l’augmentation des dépenses militaires (contrairement aux coupes budgétaires dans les services sociaux et l’éducation – une forme d’austérité militarisée et généralisée). Partout en Europe, cette escalade de la violence s’exprime également par le renforcement des frontières nationales et, à l’intérieur, par l’hostilité envers les immigrés et la persécution raciste des minorités, en particulier arabes et musulmanes.
- Dans un tel contexte, ni le soutien à l’Occident sous prétexte qu’il est « démocratique », ni le soutien au régime russe ou à tout autre régime sous prétexte qu’il s’oppose à l’impérialisme américain, ne peuvent être une solution pour notre émancipation. Au milieu de la guerre en cours en Europe, nous sommes d’avis que nous devons intensifier la solidarité – par exemple, avec les internationalistes d’Ukraine, tels que le collectif Assembleia – et les luttes là où nous sommes, en particulier lorsque les États dans lesquels nous résidons sont directement ou indirectement impliqués dans le conflit militaire. Il ne s’agit pas de soutenir un camp ou l’autre – c’est le travail de tous les types de nationalistes, qu’ils soient « anti-autoritaires », de gauche ou de droite. Il s’agit de combattre l’industrie de la mort, ceux qui en profitent et le monde qui la produit, ici et maintenant.
Solidarité avec les déserteurs des deux côtés de la ligne de front !
Liberté pour tous les insoumis emprisonnés !
Contre la guerre, son industrie de la mort et ses profiteurs !
Pour une vie qui vaille la peine d’être vécue !
Konvulsismo & ses amis, août 2025, Berlin.
Source: Solidarité avec les réfugiés,d’Ukraine, Russie
