Dès le 24  février 2022, de nombreux russes ont manifesté leur opposition à la guerre déclenchée par Poutine et les oligarques Russes. Pour cela ils sont jetés en prison et même en « camps pénitentiaires à régime sévère », les nouveaux goulags. Parfois leur seul crime est d’avoir osé manifester avec une feuille de papier blanc, ou d’avoir récité des poèmes devant la statue de Maïakovski ! En Ukraine aussi, de plus en plus de jeunes refusent de se faire enrôler de force pour aller mourir pour les intérêts des oligarques ukrainiens. Alors que des négociations de cessez-le-feu se trament dans la plus grande confusion et la plus grande opacité, on peut d’ores et déjà parier que les grands oubliés de ces discussions sont les prisonniers anti-guerre, qui seront sacrifiés comme « traitres à leur patrie ». Nous ne devons pas oublier les prisonnières et les prisonniers de la paix ! En Russie la situation des prisonniers anti-guerre est particulièrement préoccupante !Aidez la Croix Noire Anarchiste de Moscou à les soutenir ! Un peu d’histoire pour comprendre le contexte …Suite aux évènements révolutionnaires en Russie de 1905-1907, à l’époque tsariste, des milliers d’anarchistes et de socialistes furent envoyés dans des camps de travail et en exil, les premiers groupes de la Croix-Noire anarchiste (appelée Croix-Rouge anarchiste jusqu’en 1919) furent fondés en 1906 pour les soutenir [cf. ici pour l’histoire ce sigle : A propos de la Croix-Rouge Anarchiste … https://makhno.home.blog/2024/01/22/a-propos-de-la-croix-rouge-anarchiste). L’organisation devint internationale l’année suivante, avec la création d’un groupe à Londres. Après la révolution d’octobre 1917 et l’accession au pouvoir des bolchéviques, la « Croix-Rouge Anarchiste » décide de s’auto dissoudre, considérant la page des persécutions contre les prisonniers libertaires enfin tournée… Mais très vite la répression reprend pire que sous le régime tsariste. la Croix Noir Anarchiste a été créé en 1920 à Kharhov, par Olga Taratuta, à la demande de Makhno, le chef de l’Armée Insurrectionnelle Ukrainienne, de tendance anarchiste et dont l’emblème était le drapeau noir. ceci explique certainement le changement de couleur de l’emblème, pour ne pas être confondu avec le rouge des bolchéviques. Le but de cette organisation est d’aider les détenus politiques du mouvement qui sont de plus en plus nombreux dans les geôles bolcheviques. En novembre 1920 Olga Taratuta est officiellement nommée représentante des Makhnovistes à Kharkov et à Moscou. Lourde responsabilité car ceux-ci ne sont pas en odeur de sainteté dans les allées du pouvoir ! Tout le monde sait que l’alliance conclue entre les frères ennemis, n’a que peu de valeur et sera de courte durée : peu nombreux sont ceux qui sont assez naïfs pour croire à la bonne parole des Bolchevistes, d’autant que, même pendant la période de soi-disant alliance, les arrestations continuent notamment parmi les anarchistes qui militent dans les syndicats et les Soviets. La trahison des Communistes ne tarde pas effectivement. Une vague de répression sans précédent s’abat sur les Makhnovistes. La Croix Noire est dissoute ; Olga Taratuta est arrêtée. En janvier 1921 elle est transférée à Moscou. Elle fait partie des militants qui sont libérés quelques heures, le temps d’assister aux obsèques de Pierre Kropotkine, avant de retrouver leur cellule. Par ailleurs, quand dans l’exil une nouvelle organisation de solidarité fut reconstituée par des militants d’origine russe (et notamment Boris Yelensky), il fut décidé de reprendre le nom d’Anarchist Black Cross, en mémoire de la structure créée en son temps par Olga Taratuta. L’Association Internationale des Travailleurs (AIT) créé aussi un fond de solidarité avec les prisonniers politiques en Russie, qui sera administré par Alexandre Berkman et deviendra le Fonds Berkman. Bien que le contact avec les prisonniers politiques anarchistes d’Union soviétique ait été perdu dans les années 1930, l’organisation internationale anarchiste a poursuivi ses activités sous diverses formes depuis. Le mouvement anarchiste russe, né dans les années 1980 à la fin de la période communiste, a été immédiatement visé par la répression. Au cours des quinze années suivantes, plusieurs campagnes, réussies ou non, ont été organisées contre la répression.La recréation de la Croix noire Anarchiste de Moscou en 2003 faisait face à une nécessité : l’augmentation de la répression par Poutine (déjà …) Mais au début du XXIe siècle, ces initiatives ont complètement disparu de Moscou et, à l’été 2003 (alors que le tandem Poutine – Medvedev était déjà au pouvoir en Russie depuis 1999), il a été décidé de refonder le groupe moscovite de l’ABC (Anarchist Black Cross Moscou), car personne parmi les « libéraux » ne souhaitaient soutenir  les anarchistes contre la répression, qui ne pouvaient compter que sur eux-mêmes.Depuis plus de 20 ans, l’ABC-Moscou soutient tous les anti-autoritaires et leurs sympathisants persécutés en raison de leurs activités politiques ou d’actes qui ne contredisent pas l’idéal anarchiste. Et, dans la mesure du possible, nous soutenons également les prisonniers devenus anti-autoritaires pendant leur peine, les « prisonniers sociaux » contraints d’enfreindre les lois pour survivre ou pour lutter contre le despotisme de la classe dirigeante, ainsi que les prisonniers qui luttent de l’intérieur contre le complexe carcéral-industriel. En tant qu’anarchistes, nous sommes contre toutes les prisons. Nous croyons en l’action directe pour la destruction du capitalisme et de l’État. Nous ne sommes pas une organisation de défense des droits humains, car notre objectif n’est pas la défense des lois, mais leur abrogation. Dans certains cas, nous pouvons soutenir des prisonniers pour des raisons purement humanitaires. L’ABC Moscou déclarée organisation indésirable …Suite aux manifestations contre le réélection de Poutine en 2012, le Pouvoir poutinien a durcit sévèrement le régime de contrôle de toute forme d’opposition organisée. Il a notamment promulgué la loi sur les agents étrangers qui exige que quiconque reçoit un « soutien » de l’extérieur de la Russie ou soit sous « l’influence » de l’extérieur de la Russie s’enregistre et se déclare comme « agent étranger »]. Une fois enregistrés, ils sont soumis à des audits supplémentaires et sont obligés de marquer toutes leurs publications avec une clause de non-responsabilité de 24 mots indiquant qu’elles sont distribuées par un « agent étranger ». L’expression « agent étranger » (en russe : иностранный агент) en russe a de fortes associations avec l’espionnage de l’époque de la guerre froide.  Cette loi est activement appliquée par le Service fédéral de sécurité (FSB), le successeur du KGB de sinistre mémoire. Rapidement toutes les organisations d’opposition à Poutine et à son régime ont fini par être catégorisée « agent étranger ». Mais il y a une catégorie plus grave encore, qui fait planer des menaces encore plus sérieuses à celles ou ceux qui tomberaient sous le coup de la loi russe : les organisations étrangères déclarées « indésirables » sur le sol russe. Ces organisations étrangères sont censées représenter une “menace pour la Russie”. Les personnes qui coopèrent avec ces organisations ou contribuent à leur financement en Russie peuvent être condamnés à verser de lourdes amendes, voire à de la prison. La moindre référence à une telle organisation ou la simple republication d’informations provenant de l’une d’elles, par exemple, suffisent à déclencher des poursuites. Avec la guerre de haute intensité contre l’Ukraine déclenchée par la Russie, le noeud coulant de la répression n’a cessé de se resserrer contre toutes les voix critique de la politique de Poutine, et notamment contre les anarchistes. Début 2024, le ministère russe de la Justice a ajouté la Fédération américaine de la Croix-Noire Anarchiste à sa liste des « organisations indésirables ». À cette époque, l’ABC Moscou a déclaré publiquement n’avoir aucun lien organisationnel avec la fédération américaine, ni aucune organisation internationale : les groupes ABC du monde entier sont autonomes, et les groupes russes n’ont jamais fait partie de la fédération américaine. Cependant, en 2025, il est devenu évident que les autorités russes considèrent non seulement la fédération américaine comme « indésirable », mais ciblent également tous les groupes ABC. Concrètement, cela signifie que même la simple publication de contenu comportant des symboles ou des mentions à l’ABC Moscou peuvent donner lieu à des poursuites en Russie. Cela peut entraîner des poursuites administratives et pénales, notamment :  Délit : Participation aux activités d’une « organisation indésirable » (en droit administratif).Crime (en droit pénal) : – Jusqu’à 4 ans de prison pour participation- Jusqu’à 5 ans pour financement,-  Jusqu’à 6 ans pour organisation de telles activités. Actes passibles de poursuites en Du fait de ces menaces, l’ABC Moscou  a décidé de délocaliser ses activités en dehors de Russie, et l’ensemble de ses membres ont pris le douloureux chemin de l’exil.  Malgré cette politique de terreur d’Etat, l’ABC Moscou continue de l’extérieur ses activités de soutien aux prisonniers anarchistes et notamment à celles et ceux qui se sont élevées contre la guerre. Ce soutien passe par l’envoi de colis alimentaires ou vestimentaires et par le soutien juridique via des avocats fiables. Les prisonniers russes anti-guerre ont besoin de nous ! Aidez l’ABC Moscou ! Plus que jamais les prisonniers anti-guerre ont besoin de notre solidarité !Celle-ci peut prendre plusieurs formes :* envoyer des courriers aux prisonniers en Russie. La liste des prisonniers est mise à jour régulièrement sur le site de l’ABC Moscou, nous prévoyons d’en publier prochainement une version en français (https://wiki.avtonom.org/en/index.php/Category:Currently_imprisoned_in_Russia) Vous trouverez ici (Écrire aux prisonnières et prisonniers anti-guerre en Russie  https://nowar.solidarite.online/blog/%C3%A9crire-aux-prisonni%C3%A8res-et-prisonniers-anti-guerre-en-russie  ) un petit guide pour vous aider à rédiger les courriers prisonniers anti-guerre en Russie, ce qui peut être dit ou pas etc … Souvent ils apprécient de recevoir des cartes postales avec des illustrations qui leur permettent d’échapper mentalement à leur isolement. La poste avec la Russie fonctionne plus ou moins bien. Vous pouvez soit adresser les courriers vous-mêmes, soit vous mettre en relation avec nous (contact@solidarite.online) pour que nous les fassions passer par d’autres canaux. D’autant plus que les courriers doivent être obligatoirement traduits en Russe, nous pouvons aussi vous aider pour cela.  * faire connaitre autour de vous la situation des prisonniers anti-guerre, en en parlant avec vos amis, votre famille, vos collègues. Vous pouvez diffuser le bulletin de l’Initiative Olga Taratuta auprès d’association, sur les marchés, dans des concerts ou autres lieux culturels ou associatifs …* faire un don à l’ABC Moscou directement sur leur compte paypal  (abc-msk@riseup.net) ou en nous faisant un transfert bancaire que nous répercuterons (nous contacter pour avoir les coordonnées.) Même si un cessez-le-feu venait à être décidé entre les puissants, les prisonniers anti-guerre seront les oubliés des pourparlers, et ils risquent de subir le sort de victimes expiatoires. Ne les oublions pas ! Initiative Olga Taratuta contact@solidarite.online

Source: Solidarité avec réfugiés, déserteurs d’Ukraine, Russie

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