Le 14 juillet 2025, Rudi Friedrich, militant antimilitariste allemand, est décédé tragiquement d’une crise cardiaque lors d’une ballade en montagne. Il a été un des initiateur de l’association allemande Connection e.V, avec qui l’Initiative Olga Taratuta coopéère depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Fédération de Russie, pour venir en soutien aux insoumis et déserteurs russes et ukrainiens. Nous exprimons nos plus sincères condoléances à la famille et aux compagnons de Rudi. Cette dramatique nouvelle nous est parvenue le même jour que nous apprenions que Boris, un déserteur russe qui nous avait été adressé par Connection e.V venait de recevoir sa carte de résident de 10 ans. C’est le plus bel hommage qui puisse être donné à son combat contre le militarisme, que nous nous engageons à poursuivre aux côté de tous les antimilitaristes du monde entier. Que la terre lui soit légère. Paix aux chaumières, guerres aux palais ! Initiative de solidarité Olga Taratuta contact@solidarite.online https://nowar.solidarite.online/blog ================================ » RUDI FRIEDRICH : LA VOIX SILENCIEUSE DU REFUS DE LA GUERRE » Mi-juillet, les agences de presse ont rapporté le décès d’un vacancier allemand de 60 ans lors de ses vacances près du lac de Come, dans le nord de l’Italie. Selon le journal italien Corriere della Sera, le couple avait loué un petit chalet au bord du lac de Come pour leur vacances, et l’homme était parti seul en voyage le 14 juillet. Il envoyait occasionnellement des photos à sa femme sur son téléphone portable, mais la connexion a ensuite été coupée. Les secouristes ont ensuite retrouvé son corps dans une zone boisée isolée près de Barni, derrière la célèbre station touristique de Bellagio. Le 18 juillet, Connection a annoncé que le défunt était son président de longue date, Rudi Friedrich. » Il aisse un vide immense dans notre travail internationaliste « , indiquait le communiqué de presse. Bernd Drücke, du mensuel anarchiste non-violent « Graswurzelrevolution », a également exprimé son choc face à la mort de son ami et compagnon avec qui il collaborait dans le journal nd ». « Personne n’était probablement aussi bien connecté aux militaires et aux objecteurs de conscience du monde entier que Rudi. » Défendre les droits des objecteurs de conscience et de la guerre a été l’œuvre de Friedrich tout au long de sa vie, et ce depuis plus de 40 ans, comme il l’a lui-même expliqué dans une interview accordée à « Nd » en janvier 2025 (https://www.nd-aktuell.de/artikel/1188310.antimilitarismus-viele-haben-angst-um-ihr-leben.html). Au début des années 1990, des milliers de jeunes hommes originaires de l’ex-Yougoslavie ont cherché refuge en Allemagne pour échapper à la conscription et éviter d’être enrolés dans l’armée de l’un ou l’autre des États nationalistes issus de l’éclatement de la Yougoslavie. Friedrich et ses compagnons ont soutenu nombre d’entre eux. Plus tard, ils ont été rejoints par des déserteurs et des réfractaires venus de Russie, de Biélorussie, d’Ukraine, d’Israël et de nombreux autres pays. » Notre objectif est toujours de conforter les personnes concernées dans leur décision de ne pas faire la guerre et de les protéger de la conscription « , a expliqué Friedrich. Sous sa direction, Connection est passée d’un réseau informel à une association professionnelle comptant cinq employés. Ces dernières années, Friedrich s’est particulièrement investi dans le soutien aux personnes ayant fui le service militaire et la guerre en Russie et en Ukraine. À cette fin, il a fondé la » Campagne Objection à la Guerre (Object War) « . » Environ 250 000 conscrits ont quitté la Russie pour échapper à la guerre. Plus de 300 000 ont fui l’Ukraine. Nous considérons leur décision comme une contribution individuelle modeste, mais très importante à la fin de la guerre « , déclarait-il à » Nd « . Pour les antimilitaristes comme Friedrich, ces dernières années marquées par une rhétorique de plus en plus publique sur la » Kriegsfahigkeit » ( » capacité de guerre » ), constituent un défi majeur, d’autant plus que d’anciens objecteurs de conscience des années 80-90 participent à cette montée du discours militariste. C’est pourquoi Friedrich avait prévu une tournée avec des opposants au service militaire venus de Russie et d’Ukraine pour l’automne. » Maintenant, il faudra faire sans lui » https://www.nd-aktuell.de/artikel/1192787.friedensbewegung-rudi-friedrich-stimme-der-kriegsdienstver… » RUDI FRIEDRICH EST MORT- SON SOUVENIR RESTE PRESENT » Rudi Friedrich était le cadet des six fils d’un pasteur évangélique revenu du Brésil en Allemagne du Nord. Après avoir quitté l’école, il a d’abord suivi un apprentissage de maçon à Celle. Il refusa d’effectuer son service militaire, optant pour un service civil, puis il étudia la sociologie à Francfort. Membre de la DFG-VK (Société allemande pour la paix – Résistants unis à la guerre), il critiqua la vision dominante [à gauche] qui voyait la RDA [Allemagne de l’Est, communiste] comme « puissance pacifique ». C’est ainsi qu’en 1982, il quitta Francfort pour rejoindre le groupe d’Offenbach. C’est avec lui que nous avons développé une conception large de l’objection de conscience, en tant qu’action active contre la guerre, contre la préparation à la guerre, contre le service militaire obligatoire et même contre le service civil, qui n’est rien d’autre qu’un travail forcé imposé par l’État. Plusieurs éditions de la brochure « Drückeberger » (« Les esquiveurs »), [ qui donnait des conseils et des infos pour échapper au service] ont alors été publiées. En 1989, nous avons publié conjointement avec la SOdZdl (auto-organisation des personnes effectuant leur service civil) le livre « Was gibt es Schöneres als anderen Menschen zu helfen ? » (« Quoi de plus beau que d’aider autrui ? – Service civil, travail forcé et secteur social »). Bien qu’il ait toujours entretenu des contacts réguliers avec le mouvement des objecteurs de conscience en RDA, il était initialement sceptique quant à l’internationalisation complète de ce travail. Son attitude a changé lorsqu’il est devenu secrétaire du DFG-VK de la région [land] de Hesse à la fin des années 1980. EN 1991, des dizaines de soldats américains ont refusé d’être envoyé se battre à la guerre du Golfe et ont sollicité l’aide de la consultation juridique qu’il avait créé. Fort de cette expérience, les choses ont progressé à Offenbach. Depuis 2000, le groupe de travail Afrique australe, auparavant dirigé par d’autres membres du groupe, puis » Objection de conscience en temps de guerre » ont été intégrés à l’organisation Connection e.V., fondée en 1993, et Rudi en est devenu le secrétaire de l’association à temps plein. Depuis lors, la multiplication des guerres, dans lesquelles l’Allemagne s’est de plus en plus impliquée, et la situation précaire de nombreux objecteurs de conscience, hommes et femmes, ont entraîné une augmentation considérable de nos activités. En voici quelques exemples : la lutte pour les droits de l’homme en Turquie, qui dure depuis des décennies ; les quelque cent mille personnes ayant fui le service militaire en ex-Yougoslavie ; l’aide aux soldats américains dans les guerres du Moyen-Orient, qui ont été menées à maintes reprises ; le soutien aux objecteurs de conscience en Israël, en Angola, en Érythrée, en Amérique latine, en Corée du Sud et en Thaïlande. Nous ne mentionnerons ici que l’énorme travail réalisé sur la guerre en Ukraine, car il est déjà largement connu. C’est Rudi qui, à maintes reprises, a noué et développé des contacts, organisé des voyages et des tournées. Il n’avait pas peur des contacts avec les médias, les célébrités et les décideurs. C’était un véritable génie du « réseautage » pour créer des liens. Il a organisé des expertises, rédigé des rapports pour de nombreux demandeurs d’asile ( y compris à l’étranger ), pour des avocats et des institutions. Dans ce domaine, il a acquis une renommée d’expert reconnu. Il convient également de souligner son talent artistique musical, dont il a fait preuve avec son ami Talib Richard Vogl, lors de deux lectures théâtrales, dont » Cours, soldat, cours « . Grâce à son intense et incessante promotion de nos activités , nous avons réussi à collecter des dons afin de pouvoir non seulement soutenir les groupes à l’étranger, mais aussi développer notre propre infrastructure. C’est notamment grâce à l’engagement de Rudi que Connection e.V. est devenue une organisation reconnue mondialement comme importante, ce qui s’est également traduit par plusieurs prix de la paix dans le monde entier. Il est vite devenu évident qu’il ne pouvait plus accomplir tout ce travail seul. Rudi a souhaité cédé son poste de secrétaire après deux ans. Le travail a donc été confié à plusieurs personnes. Il y a désormais une responsable des médias sociaux, un second membre du secrétariat, un représentant de Connection au Comité des droits de l’homme à Genève et, depuis peu, un avocat russe, chargé notamment de la création d’un réseau international. Le bureau lui-même n’est plus situé dans l’appartement privé de Rudi et Karin, mais dans un immeuble de bureaux modernes à Offenbach. Si Rudi a été un moteur de ces idées, il n’était pas seul. Même si nous l’avons parfois rencontré seul ou avec quelques personnes, le nombre de membres actifs a régulièrement augmenté. Actuellement c’est une quinzaine de personnes qui apportent une impulsion importante au travail et y participent activement. Nous pleurons la perte de Rudi. C’était un ami indispensable qui a su apaiser les différends qui surgissaient parfois entre nous. Sa disparition laisse un vide. Mais le travail se poursuivra. Les modalités de son accomplissement restent encore floues à bien des égards. Mais les membres responsables et honorables de la société sont unis par leur conviction : œuvrer pour les réfractaires du service militaire du monde entier, pour le droit illimitée de l’homme à refuser le service militaire et pour le droit d’asile est important pour nous tous. C’est pourquoi nous sollicitons votre soutien afin que Connection puisse poursuivre cet objectif. Merci également pour cela. Nous sommes profondément attristés par la perte de Rudi. C’était un ami irremplaçable, capable de concilier les différends qui surgissaient parfois, même entre nous. Son décès brutal marque un tournant. Mais le travail se poursuivra. Les modalités de réalisation restent ecnore floues dans certains domaines. Cependant, l’équipe et les bénévoles sont toujours là, unis par leurs conviction : œuvrer pour les réfractaires du service militaire du monde entier, pour un droit humain sans restriction à l’objection de conscience et pour le droit d’asile. Nous sollicitons donc votre soutien afin que Connection e.V. puisse poursuivre cet objectif. Merci également pour cela Franz Nadler et Thomas Stiefel sont cofondateurs de Connection e.V. et siègent au conseil d’administration de l’organisation. https://de.connection-ev.org/article-4515
Source: Solidarité avec réfugiés Ukraine, Russie
