Article de Peter STORM, paru dans le magazine anarchiste britannique Freedom, dans le numéro d’octobre 2012, sur les conditions des travailleurs migrants au Qatar, où la Coupe du monde de 2022 est censée se tenir. (Original : https://coupedumondefricimmonde.wordpress.com/2012/10/05/qatar-festivities-built-on-slavery/ traduction : CNT-AIT France)

L’un des pays arabes apparemment presque épargné par le printemps arabe est le Qatar. La marée de protestation et de révolte est plus ou moins passée loin de cet émirat. La principale chaîne d’information diffusant l’attention sur les événements du printemps arabe, Al-Jazeera, appartient au Qatar et appartient même au régime régnant, ce qui n’a pas aidé à attirer l’attention publique sur ce qui se passe dans ce pays. Mais même sans négligence délibérée des médias, peu de nouvelles sortiraient de ce petit royaume – car rien de très spectaculaire ne s’y passe en fait. Mais les choses sont en train de changer, et la raison en est le sport. En effet le pays accueillera la Coupe du monde de football en 2022, dans dix ans. Dix ans de construction commerciale effrénée, investissant dans des logements et équipements sportifs. Qui construira tous ces bâtiments ? Pas l’émir ni sa famille. Pas les citoyens qatariens non plus : ils constituent une minorité relativement aisée dans le pays, avec des droits civils limités et un système de protection sociale financé par les abondantes richesses pétrolières du Qatar. Ce sera les autres, les travailleurs migrants, 94 % de la main-d’oeuvre du Qatar. Ces migrants – et plus un million d’autres qui seront recrutés pour l’occasion – vont construire les stades, les installations sportives, les logements pour la fête du football.

Ces travailleurs migrants, principalement originaires d’Asie du Sud, vivent et travaillent dans des conditions terribles d’exploitation et de négligence. Dans un système de parrainage, le pouvoir de changer d’emploi appartient aux entreprises pour lesquelles ces travailleurs travaillent. Ces parrains décident si le travailleur peut quitter le pays, en retenant les passeports des migrants. Avant même qu’un migrant n’entre, il ou elle a souvent payé des frais de recrutement élevés, allant de plusieurs centaines à quelques milliers de dollars. Ils doivent les rembourser à partir de leurs bas salaires, ce qui signifie des dettes.

Le parrainage, et donc le contrôle de l’entreprise, combiné à l’endettement induit par le recrutement, signifie que les migrants sont contraints à des conditions de travail et de vie assimilables à du travail forcé. Abus, coups, agressions sexuelles sont le produit naturel d’un tel système de contrôle quasi absolu des employeurs, qui voit également le non-paiement des salaires et des conditions de logement épouvantables dans des casernes aux allures de prison. Un événement sportif commercial des temps modernes se prépare par l’esclavage des temps modernes.

Lire un rapport de Human Rights Watch ou voir des reportages vidéo d’Equal Times, une ONG, montre clairement comment tout cela fonctionne et comment cela détruit des vies par l’exploitation et les mauvais traitements systématiques. Ils rendent la lecture et l’observation pénibles.

Le régime prétend respecter le droit international du travail, il existe même des « syndicats ». Mais le droit de grève et tout ce qui ressemble à des droits d’organisation sérieux des travailleurs font défaut. La résistance est extrêmement risquée. « Nous ne nous plaignons pas, car si nous nous plaignons de quoi que ce soit, l’entreprise nous mettra à la porte », explique un travailleur migrant népalais. HRW et Equal Times mettent la question de la maltraitance des travailleurs migrants sous les feux de la rampe, en faisant pression auprès du comité organisationnel et de la FIFA, du mouvement syndical international CSI et de l’OIT.

Les promesses du gouvernement et de la FIFA ont été faites, mais les progrès dans ce sens ne peuvent être plus que limités. Il y a trop d’argent en jeu pour être entravé par la demande d’améliorations nécessaires mais coûteuses. Les choses vont changer – après que l’esprit de révolte qui envahit la région a finalement atteint les chantiers de construction et les casernes ouvrières de ce paradis des exploiteurs appelé Qatar.

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Source: Coupedumondefricimmonde

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